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Sybille de Bollardière

poesie

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Les poèmes du Djoué

14 Novembre 2008, 19:09pm

Publié par Sybille de Bollardière

Congo

 


 

Mu-Ghindo

 

Dans le clapot des îles

Et sous la griffe des mangroves

Je t’ai cherché Toi, Mu Ghindo,

La statue qui parlait à mes rêves.

 

Je suis la fille des pilleurs d’Afrique

Et si le pas des régiments marche sur mon cœur

J’épouse les guerres et les naufrages

La violence et l’oubli

Sous la tôle qui résonne en tam tam

Quand le soleil bat midi

 

J’épouse les cartes jaunies,

Les villages anéantis et le recul des forêts

Pour un dieu minéral

Qui sème ses étoiles dans le grand marécage

Et nos gènes apatrides sur tous les continents

 

A cet autre, mon double

Qui attend et redoute le pire

J’offre ce partage des eaux

Et toutes les plaies de la terre

Où nous trouvions refuge

Enfants à jamais dans les limbes d’argile

Nous serons pilleurs d’étoiles un jour.

 

 

poèmes du djoué ici les poèmes du djoué 

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Alizarine - Poèmes

14 Novembre 2008, 18:52pm

Publié par Sybille de Bollardière

 

 

 II est des fêtes étranges

  

Où l'homme absent


Revit sa mort en dansant


Dans nos corps arqués


Battus à mort


Il est ce pont qui n'enjambe nulle rive


Et porte dans sa chair


L'alliance, l'avènement

 

 

 

Extrait du recueil "Alizarine"

 

Sybille de Bollardière 1981

 

 

Pour retrouver l'ensemble des textes d'Alizarine, cliquez sur le lien suivant
ALIZARINE ALIZARINE

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Le poème de Blanche

24 Octobre 2008, 19:16pm

Publié par Sybille de Bollardière

 

Toi qui me devances d’un pas

Et que je suis dans l’ombre

 

Que deviendras tu quand même mon désespoir t’auras laissé ?

Passager inutile d’un paysage désincarné

Où traînent une saison et l’ultime source des larmes

A quelle douleur te livreras-tu

Quand le temps me vouera au détachement ?

 

 

Faudra t-il apprendre la douceur

Et à défaire enfin ces liens d’attente

Que nous avions si longuement tissés

 

Nos passions et nos peines nous quittent

 

Bientôt nous serons libres,

Oui, libres au point d’en avoir tout oublié

Moi aussi je laisserai en chemin

Le regret des pages inachevées

 

Ce soir je te rejoins

Et n'attends plus rien qu'on ne m’ait déjà donné

 


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Route de Saumane, Rencontre

24 Octobre 2008, 19:14pm

Publié par Sybille de Bollardière

 

 

Voilà deux jours que je relis la chronique de Jérôme Garcin dans le nouvel 0bs… Elle commence par « la première fois que j’étais allé à L’Isle sur la Sorgue rendre visite, l’hiver 1984 à René Char… » Il s’ensuit une description de cette première rencontre que je vous laisse découvrir dans le dernier numéro du magazine.

Si je n’ai qu’un journal, c’est ce dernier et si je ne lis qu’un article, c’est la chronique des livres de Jérôme Garcin. Parfois c’est très peu, mais rarement aussi peu qu’aujourd’hui où je bute avec émotion sur ses premières lignes.

Moi aussi j’étais allée aux Busclats… C’était durant l’hiver 1980, je n’avais pas trente ans et venais de terminer mon premier recueil de poèmes « Alizarine ». J’avais un amoureux à Paris qui avait un ami à Avignon, les deux hommes devaient avoir envie de me plaire et se mirent en quatre pour que je puisse rencontrer le poète que je venais de découvrir lors d’une exposition qui lui avait été consacrée à la Bibliothèque Nationale...

C’est ainsi que lors d’un après midi glacé et brumeux de février ou de mars, je pris la route de l’Isle –sur-la-Sorgue. L’ami d’Avignon m’avait dessiné un plan que j’ai longtemps gardé et que ce soir là, je tentais de suivre scrupuleusement. Sur le siège du passager, j’avais posé à l’intention du poète quelques poèmes récents mais hélas, je ne possédais pas l’incontournable carte Michelin du département. L’oubli fut fatal. Je m’égarai sur une route boueuse entre deux champs de lavande et n’apercevant ni maison ni hameau dans la brume du soir, je décidai de faire demi tour. Bien m’en prit, ma voiture s’immobilisa après avoir patiné sur le talus gorgé d’eau.

J’étais debout sur le chemin, attendant la nuit et une idée pour me sortir de là, lorsque je vis arriver un homme de grande taille à la démarche pesante d’un paysan. L’homme s’approcha de moi et  s’inquiétant de ma présence à cette heure tardive sur ces chemins de campagne, me proposa de m’aider à déplacer la voiture.

 

Tout en guidant mes manœuvres, il se pencha vers moi et s’enquit de la raison qui m’amenait sur la route de Saumane. Je lui répondis que j’étais venue sur le conseil d’un ami Y*  pour voir René Char. Il se redressa et me dit :

-   Je suis René Char ! Mais pourquoi Y* ne m’a-t-il pas appelé ?

-   Il devait le faire…

La nuit était là, il me fallait rentrer, René Char avait des amis à dîner. Il me proposa de revenir le lendemain et je ne pouvais pas. Un autre rendez-vous m’attendait, un de ceux que l’on ne déplace pas, même pour René Char. Une visite à la prison des Baumettes.

Je quittai Avignon le lendemain à l’aube pour Marseille et je regagnai Paris le surlendemain. A mon retour je reçus un petit mot très touchant de René Char, puis une autre lettre quand je publiai Alizarine. C’était un éloge sensible, presque fraternel, qui effaçait la distance, les années entre nous. Il promit de m’appeler lors d’un de ses passages à Paris et le fit plusieurs fois. Mais malgré nos échanges d’appels et une ou deux lettres, je ne le revis jamais. Emportée dans la tourmente d’une vie, j’étais au Congo quand il mourut. Plus tard des amis de l’Isle sur Sorgue m’offrirent cette photo de lui où je retrouve la stature imposante de l’homme de la route de Saumane.


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