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Sybille de Bollardière

poesie

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L'ange noir, poème

3 Janvier 2023, 15:55pm

Publié par Sybille de Bollardière

Lucifer par Gustave Doré

Si je n’étais monté si haut, je n’aurais rien perçu de ma chute
Il y eut un temps rayonnant de lumière
Puis le lent glissement amorcé jusqu’aux vertigineux abymes
Le grand plongeon des nuits où, je croisai ébloui
D'autres qui n’avaient d’yeux que pour le sommet
Ce que je n’avais vu en m’élevant, je le découvris dans ma disgrâce
Le cœur du monde battant contre mes tempes
Des saisons de plomb et de famine
Pourtant
Il y a une grande douceur à tout perdre et tout comprendre
L’étendue du désastre et les mots pour le nommer
Avant d’être obscur, le malheur nous aiguise comme un silex
Aimé, aimant, je me crus invincible, insensible au temps
Renouvelé dans mes certitudes jusque dans ma chute
Ce que je ne pouvais plus vivre, j’en amorçai l’écriture
 
« Je ne me courberai point, je ne demanderai point grâce d’un genou suppliant 
ce malheur est mon choix» [1]

[1] Le paradis perdu de John Milton

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Froidure

12 Décembre 2022, 09:03am

Publié par Sybille de Bollardière

Froidure
L’hiver amorcé et son haleine de givre
Sur la candeur des collines
La peine réduite au silence
Comme l’inépuisable sanglot du torrent
Étranglé par le gel
Une volée de cloches égrène huit heures
Dans un matin d’encre
L’amour nu, l’amour exsangue
Appelle à voix basse une seconde mort

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Antidote, poème

5 Novembre 2022, 09:05am

Publié par Sybille de Bollardière

Antidote
« Lumière de l’amour ! Eclaires-tu aussi les morts ? » 1
 
Face aux absents, avoir le dernier mot
Pour donner ce que l’on n’a pas reçu
Ce dont on a été privé et qui n’a pas de nom
Errer et continuer à chercher
L’antidote face à l’impartageable pour un jour, un soir
Qui sait ?
Retrouver l’audace du poème, la grâce d’aimer
Comme on tricote les fils du souvenir
Dans le foisonnement d’un été incandescent
 
Renaître
Ou simplement durer, chaque jour que Dieu fait
Pour la beauté du geste, l’exigence des commencements
Mais la logistique des sentiments
Est déjà à pied d’œuvre
A défaut de « comme » et d’ailleurs
C’est ici, dans les zones blanches des terres inondables
Que je glane quelques signes, des mots
A retrancher du temps qui me reste
 
Extinction des feux, route de nuit,
Dans la procession des collines
Je navigue aux instruments
Ma prière de bitume
Il faudrait un autre mot pour solitude
Un mot dur, râpeux, taillé à la serpe
Ou au contraire abandonné, en friche
Car je croyais les avoir quittés
Mais avec les mois, les années, les saisons
Ce sont eux qui m’ont laissée
 
« Signes des temps meilleurs, brillez-vous dans ma nuit » 2

octobre 2022

1 et 2 - Holderlin, les élégies

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L'année de Lune rousse, poème

1 Novembre 2022, 09:32am

Publié par Sybille de Bollardière

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C'était l'année de Lune rousse, j'avais déjà commencé à l'écrire avant de te connaître mais je me souviens que c'est cette année là que j'avais décidé de le terminer.

Nous relisions ensemble,  et je revois les feuillets blancs sur tes genoux pendant que les plis jaunes de tes Burlington glissaient sur tes jambes imberbes. Les retours en métro nous séparaient à Argentine où les cracheurs de feu et autres briseurs de chaînes te gardaient quelque temps avant que tu ne redeviennes, l'arpenteur du pavé qui fait craquer ses Weston.

En Novembre Paris allonge ses flaques, j'avais bien avancé Lune rousse je crois, j'aimais filer vers Neuilly, Saint Pierre et les grands boulevards mornes qui rejoignent la Seine.

Je traversais cette cour d'immeubles gris-jaune où bêlait Léonard Cohen, je m'allongeais sur ton lit et je te lisais Lune rousse.

C'est à ce moment là, je crois, quand tu fumais tes Stuyvesant en regardant par la fenêtre que j'ai compris que la poésie t'ennuyait.

Au printemps suivant j'étais sur les barricades et tu t'es acheté un pantalon de satin jaune. J'ai cessé d'écrire Lune rousse et je suis partie pour Vevey. Tu n'aimais ni Saint Germain ni la politique, tu es parti pour Katmandou puis pour Goa. C'est plus tard, en revenant de Marrakech dans ta djellaba blanche que tu m'as avoué que tu avais perdu les Ray ban que nous avions achetées ensemble.

A Saint Tropez j'ai renoncé à écrire Lune rousse, c'est à la terrasse de Sénequier que tu m'as a dit que tu aimais les garçons.

Nous avons reparlé des dimanches au Scossa et du dernier des Beatles. Et puis vingt ans ont passé. Une fois seulement, j'ai revu Ben et Larry, c'était au Flore, il y a dix ans je crois... Ils tiraient sur leurs joints comme des malades, de vrais Has been.

Aujourd'hui j'habite au Congo. En rangeant la maison j'ai retrouvé le cahier de Lune rousse et j'ai décidé de recommencer à écrire. J'ai le temps maintenant, mes enfants vont au café le samedi avenue Fulbert Youlou écouter Benny B. Parfois quand j'écris, ma fille entre en courant dans son Levis et me pique une Stuyvesant made in Africa, Mais quand j'essaie de lui lire les poèmes de Lune rousse, elle détale dans son Flight de cuir noir en faisant craquer ses Weston.

A Kenneth K. 1992 Brazzaville

 

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