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Sybille de Bollardière

chroniques

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En marge 7 - Quelque chose d'oublié

3 Mars 2016, 09:17am

Publié par Sybille de Bollardiere

En marge 7 - Quelque chose d'oublié

La suite des petits carnets (2014- 2015) en marge de l'écriture du roman.

Filmer les meurtres comme des histoires d'amour et les histoires d'amour comme des meutres. Alfred Hitchcock

J'écris caméra à l'épaule, entre dans les pièces en balayant l'espace. Il doit bien y avoir quelque chose d'oublié dans un coin, un détail qui expliquerait tout. Ecrire modifie mes souvenirs, ma mémoire. Mon père, mes frères ressemblent de plus en plus à ceux du «Défaut des origines» quant à mon grand père il est devenu Lucien l'homme du Loir et Loire d'«Une femme d'argile».

Quant aux lieux ils n'existent plus que dans mes souvenirs. Qui se rappelle qu'avant la Porte Maillot il y avait les fortifications, la fête de la bière et parfois Jean Sunny et ses spectacles de voitures sur deux roues. J'aimais la rue, son odeur de métal et d'urine quand j'allais rue du Débarcadère vers l'ancienne Gare. La rue, les putes du quartier d'Argentine à Maillot, les pissotières, les «soupeurs», le temple de l'Etoile, le cinéma Obligado, les accéssoires automobile, SKF, les cracheurs de feu, les briseurs de chaînes, la visite de Kroutchev, mes robes à smocks. Leurs premiers vols, la carte à tamponner à l'église et dans le square, cet arabe qui voulait juste parler à un enfant. Je revois ses yeux avant qu'on ne le chasse. Je chantais sur une table drappée dans une nappe, je voulais juste être Edith Piaf.

J'ai fuis ma famille comme on fuit un pays en guerre.

Je suis un animal à coquille avec sa maison sur son dos. L'énumération des événements, le recensement des lieux me rassurent. Les événements revus, photographiés pour fonder sa propre histoire et encadrer sa vie extérieure. Et puis il y a l'intérieur, les Alassy dont la rue Brunel est le pendant diurne. Paris une ville dont je me défais comme les platanes de leur peau. Impression tenace que j'appartiens à un ailleurs comme mes enfants ont toujours fait partie de ma vie. Il me semble que je les portais déjà en moi et qu'ils sont au fond la raison de ma fuite et de ma survie.

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En marge 6 - Le Svalbard

28 Février 2016, 10:00am

Publié par Sybille de Bollardiere

En marge 6 - Le Svalbard
Sous le soleil noir du Svalbard
Je ne sais pas ce que j'ai appris
Mais ce que j'ignore m'envahit
Espace gigantesque où s'abîment les aubes à venir
Rives d'un fleuve que je longe sans jamais le traverser.
J'ai marché, cousu mes paupières
Et pourtant je vois encore
L'Est, le Nord et tous les noms que je donne à l'ailleurs
Pour compenser ce que Stevenson nomme
« L'expression impersonnelle de la passion »

 

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Paris...

15 Novembre 2015, 09:17am

Publié par Sybille de Bollardiere

Paris...

Quel sens donner au mot écrire en ces jours de deuil ? Je vais aller marcher près de la mer, longer les plages et les grèves en pensant à ceux que j'aime. Pour pour eux et pour vous cette lettre de Chagall, ses couleurs et ses mots pour Paris, notre ville, la mienne au fond du coeur.

Paris

Chacun dans son coin, nous nous sommes dirigés vers Paris, non pas pour avoir une carrière, car à ce moment-là il y avait peu de chance que nous y parvenions, mais afin de pouvoir nous exprimer librement et totalement et par dessus tout, pour trouver des outils artistiques afin d’extérioriser nos sentiments.

Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer mais au fil des deux siècles précédents, Paris a été le seul endroit où l’on pouvait véritablement évaluer les vertus et les faiblesses d’une image.

J’ai quitté ma terre natale en 1910. A cette époque, j’ai décidé que j’avais besoin de Paris

J’y suis allé car je cherchais sa lumière, sa liberté, sa culture et l’opportunité d’y perfectionner mon art. Paris a illuminé mon monde de ténèbres comme le soleil lui-même l’aurait fait.

J’ai passé mes jours à vagabonder Place de la Concorde ou près des jardins du Luxembourg.

J’ai contemplé Danton et Watteau, j’ai arraché quelques feuilles.

Oh, si seulement je pouvais parvenir, chevauchant l’une des gargouilles de Notre-Dame comme s’il s’agissait d’un cheval, à tracer un chemin à travers cieux à la force de mes bras et mes jambes.

Te voilà, Paris. Tu es mon second Vitebsk [ville natale du peintre].

Marc Chagall

le site http://www.deslettres.fr/

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latitudes

24 Octobre 2015, 06:47am

Publié par Sybille de Bollardiere

latitudes

Ce matin... Nuit noire où quelques étoiles baveuses annoncent le gris du jour à venir. Reflets de lampe sur la vitre... D'ici 48 ème parallèle où plus haut sur cette ligne virtuelle qui va des Aléoutiennes, Edmonton, Dublin, Liverpool, Brême, Minsk à Petropavlosk au Kamtchatka, il y a toujours un miroir, un œil, une nuit où noyer son image.

19 octobre, 12 heures. Quelque part sur la 53 ème parallèle. Le temps rythmé par le son de la chute des glands sur le toit, le tic-tac de la pendule et les claquements des radiateurs sous les reprises du chauffage. Je sors entre deux pluies, photographie mon âme dans une bassine d'eau croupie où l'automne a jeté ses premières feuilles.

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