En marge 6 - Le Svalbard
Romans, poèmes, atelier d'écriture
Quel sens donner au mot écrire en ces jours de deuil ? Je vais aller marcher près de la mer, longer les plages et les grèves en pensant à ceux que j'aime. Pour pour eux et pour vous cette lettre de Chagall, ses couleurs et ses mots pour Paris, notre ville, la mienne au fond du coeur.
Paris
Chacun dans son coin, nous nous sommes dirigés vers Paris, non pas pour avoir une carrière, car à ce moment-là il y avait peu de chance que nous y parvenions, mais afin de pouvoir nous exprimer librement et totalement et par dessus tout, pour trouver des outils artistiques afin d’extérioriser nos sentiments.
Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer mais au fil des deux siècles précédents, Paris a été le seul endroit où l’on pouvait véritablement évaluer les vertus et les faiblesses d’une image.
J’ai quitté ma terre natale en 1910. A cette époque, j’ai décidé que j’avais besoin de Paris
J’y suis allé car je cherchais sa lumière, sa liberté, sa culture et l’opportunité d’y perfectionner mon art. Paris a illuminé mon monde de ténèbres comme le soleil lui-même l’aurait fait.
J’ai passé mes jours à vagabonder Place de la Concorde ou près des jardins du Luxembourg.
J’ai contemplé Danton et Watteau, j’ai arraché quelques feuilles.
Oh, si seulement je pouvais parvenir, chevauchant l’une des gargouilles de Notre-Dame comme s’il s’agissait d’un cheval, à tracer un chemin à travers cieux à la force de mes bras et mes jambes.
Te voilà, Paris. Tu es mon second Vitebsk [ville natale du peintre].
Marc Chagall
Ce matin... Nuit noire où quelques étoiles baveuses annoncent le gris du jour à venir. Reflets de lampe sur la vitre... D'ici 48 ème parallèle où plus haut sur cette ligne virtuelle qui va des Aléoutiennes, Edmonton, Dublin, Liverpool, Brême, Minsk à Petropavlosk au Kamtchatka, il y a toujours un miroir, un œil, une nuit où noyer son image.
19 octobre, 12 heures. Quelque part sur la 53 ème parallèle. Le temps rythmé par le son de la chute des glands sur le toit, le tic-tac de la pendule et les claquements des radiateurs sous les reprises du chauffage. Je sors entre deux pluies, photographie mon âme dans une bassine d'eau croupie où l'automne a jeté ses premières feuilles.
Parmi les îles Féroé,Danemark, le somptueux lac Sørvágsvatn, lac situé dans la partie nord de l'île de Vágar.
L'Ecume bleue d’une vague En son crépuscule de larmes Comme un calice offert aux cieux Pour sceller nos égarements Se noyer d’étoiles Pour un reflet du ciel Quand la douleur nous livre Hébétés A ces plaines immenses Où rien ne commence Où rien ne finit Seule la violence nous délivre Et nous lie à la mer Ici Je suis devenue l’hôte Des songes de l’homme Poèmes épars 1980