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Sybille de Bollardière

chroniques

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A vol d'oiseau, la mer et sa page blanche

25 Juillet 2011, 09:18am

Publié par Sybille de Bollardiere

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« A chaque fois que je rencontre un homme, ou il est fou ou il a la colique. Il existe aussi des fous qui ont la colique mais ceux-là, j’évite de m’y attacher » Cela pourrait faire un début de livre, oui, si j’avais décidé de donner la parole à une narratrice. Mais pour l’instant je n’en suis pas là. La première phrase ne me vient pas et je ne sais toujours pas si je vais m’en tenir à cette distance narrative à laquelle je m’accroche depuis quelques temps.  Pour l’instant je ne suis pas certaine d’avoir l’envie de relater quelque chose de précis. En fait, j’avance à tâtons dans un besoin d’écrire mal identifié. Je vais partir en vacances avec mes doutes, des pages raturées et l’esprit embrouillé par la culpabilité d’avoir, en plus, maltraité quelques amitiés récentes. Si je continue, non seulement je n’écrirai pas, mais en plus je ne serai plus invitée nulle part. J’imagine déjà un front de fous diarrhéiques ligués contre moi alors que j’ai tant besoin d’attentions.

Ce qui ne veut pas dire que je renonce à mon autre impérieux besoin de distance, parce qu’il est important que je retrouve mes marques, un ton, une voix, des odeurs, et ce bruit de la mer particulier là-haut, au pied des falaises. Je devrais m’installer à Thorville[1] face à la grève. De là je pourrais les entendre aller et venir, mes héros bien sûr, mais aussi les mouettes. Elles me sont indispensables et je déplore qu’il y en ait si peu ici, dans le Perche. Bien sûr, je le savais en achetant la maison mais les mouettes remontant jusqu’à Paris, j’escomptais… enfin, à vol d’oiseau, ici ce n’est pas si loin de la mer…  

En fait, il me fallait une maison pour écrire ou plus exactement une maison pour y vivre d’écriture ce qui ne signifie pas tout à fait la même chose et puis je savais que j’avais ce projet de roman ou plus exactement cette « restauration romanesque ».

Reprendre un roman et en faire plusieurs nouvelles cela ne doit pas être simple, l’inverse ne l’est pas non plus encore que mon roman ne soit pas vraiment un ensemble de nouvelles mais plusieurs couches romanesques successives, une sorte de mille feuilles où les mises en abîme feraient office de crème pâtissière.  Ah tout cela est compliqué, d’autant que les personnages en rajoutent, plus mythomanes les uns que les autres. Ecrire c’est mentir disait Léautaud (et pas que lui mais la véritable citation de Léautaud à laquelle je fais allusion ici est plus longue.[2]) La vérité, la véracité des faits et même leur vraisemblance a finalement peu d’importance. Ce qui compte « c’est le ton foutrement personnel » qui plait aux critiques et puis aussi l’ordre des choses et c’est là que je bute depuis quelques semaines. Quand j’entre dans l’écriture d’un roman cela peut ressembler à une mauvaise recette de cuisine : je commence par la fin, tout en rêvant du milieu ou inversement. Tout sauf le début. J’exècre les débuts de romans tout autant que j’aime les débuts d’histoire d’amour. D’ailleurs, lorsque j’en suis à écrire la première phrase, c’est que mon roman est terminé.

Parfois, je ne sais vraiment plus où j’en suis alors je cherche un titre. J’aime les titres, j’écris souvent des pages entières de titres avant de me remettre au travail. Je dépose des titres. Parfois je recycle des titres. Les titres me donnent du courage et me remettent sur les rails. D’ailleurs tiens, mon roman s’appellera  L’amour en zone inondable, c’est un titre recyclé. Je peux m’avancer en vous déclarant qu’il fera 150 pages, et qu’il ne coûtera pas plus de 17 euros (et ne me dites pas que ce genre de détail ne compte pas !) Mais ne m’en demandez pas plus, pour le reste je ne suis toujours pas au clair…  C’est pour ça que je vais devoir m’absenter un peu. Pour aller où ? Mais pour écrire et ça, c'est le bonheur !

Et puis ne vous inquietez pas pour moi, il ne pleut presque jamais en Bretagne...


[1] Lieu tenu secret qui n’existe que dans un roman à venir

[2]  Ecrire, c'est mentir. Mentir est peut-être trop fort. Ecrire, c'est fausser. Etre exact, c'est bien rare. Toujours on est au-dessus ou au-dessous.

Paul Léautaud Extrait de « Propos d'un Jour »

 

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Damas, le coeur oriental

14 Juin 2011, 08:10am

Publié par Sybille de Bollardiere

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Asfur Forever - sur Google earth

L’averse a redoublé et les toits résonnent de son crépitement. C’est une grosse pluie lourde et molle qui ruisselle sur les fenêtres que des semaines de beau temps avaient maintenues ouvertes et qu’il faut maintenant refermer. Et puis c’est le soir, l’heure des lampes plus tôt que d’ordinaire ; la lueur bleue de l’écran dans l’ombre du bureau m’entraine dans les méandres de la toile.

 

Voyage d’encre dans les ruelles anciennes où les murs ne délimitent ni les odeurs ni les bruits. Ici, le muezzin, plus loin le carillon d’une église syriaque avant cette autre ruelle qui mène à la synagogue. J’ai le pas hésitant devant cette image volée dont je ne connais ni l’auteur, ni la date où elle a été prise. Une fin d’automne probablement, en témoignent le feuillage qui se défait et la lumière qui s’efface en douceur le long des parois. Damas en son cœur, à des lieues des faubourgs, de Homs ou de Deraa où le combattant obstiné se fige dans l’attente entre le désespoir et l’indifférence. Le souvenir, le présent qui veut se prévoir, se rêver et dessiner l’espace d’un pays nouveau.

 

Dans le temps divisé d’une ville, je dessine de mémoire un visage, le sien. Ses peurs, ses attentes et la course éreintée de l’orage dans d’autres ruelles éventrées. Donnant-donnant, des nuits de cendres contre l’ordre et une paix en guenilles. On ne dit plus la guerre, on se contente d’évoquer les événements et l’on énumère les morts, presque toujours des civils visés à la tête, parfois dans le dos.

 

Est-ce qu’il pleut là-bas où je n’irai pas ? Et que peuvent  la pluie, les mots et la pensée ouvrière contre l’indifférence ? A Damas et ailleurs, plus que les armes, c’est le silence qui est à craindre. 


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Bonheur de lecture sous le ciel de mai

29 Mai 2011, 22:28pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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A la folle jeunesse, Ann Scott - Stock  150 pages 15 €

L'écrivain de la famille, Grégoire Delacourt - JC Lattès 265 pages 17€

Lettres à ses amis et quelques autres, Marguerite Yourcenar - Gallimard

650 pages

Cinq méditations sur la beauté, François Cheng - Le Livre de poche 5€

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Des volcans, des hommes, Yoshka et l'oubli

23 Mai 2011, 17:43pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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En mai fais ce qu’il te plait… D’après certains, c’est surement plus facile à faire en Islande qu’à Damas ou à New-York. Depuis samedi, à peine remis de l’annonce des sévères turpitudes d’un « candidable », on suit le Grimsvötn à la trace en redoutant l'arrivée du nuage volcanique dans le ciel européen. Le Grimvötn impose sa nuit de plein jour à l'Islande et en Syrie le printemps arabe est en retard. ici les vignes fleurissent déjà et les cerises sont en avance. On attend la pluie et comme l'innocence, elle se fera attendre, trop longtemps pour en être. C'est l'époque qu'a choisi Yoshka pour déménager.

Depuis quelques temps il se disait trop malheureux pour écrire, aujourd’hui c’est le bonheur qui l’oppresse, cette lumière qui rentre par les fenêtres et illumine brusquement tous les détails de sa vie ordinaire l’a profondément déstabilisé. Il est pour ainsi dire, pétrifié de bonheur. Après avoir longtemps vécu à tous les vents dans une tour qui ne lui offrait qu’une vue parcimonieuse sur un septentrion glacé, le voici princièrement installé dans la blancheur de la cité. A celui qui a lu tous les livres et aimé toutes les femmes, le hasard vient d’offrir un balcon sur l’occident avec la vue sur les ciels couchants à venir. C’est presque trop, il n’y croyait plus et le voici inspectant l’horizon et ses cartons, passant de l’un à l’autre, rangeant les bibliothèques, archivant ses regrets sans autre projet que celui d’être là, sans un mot.

Le vent s’est levé, une brise tiède soulève la poussière et fatigue les grillons. Derrière les vitres surchauffées, les mouches agonisent pattes en l’air dans un « vibrillonnant » ballet. C’est la fin de l’après-midi, six heures sonnent au clocher. Ce soir il y aura surement des nouvelles à propos du nuage et des vents qui le poussent, on reparlera peut-être des révolutions qui tardent et d’autres révélations à venir et puis bientôt ce sera le silence. On oubliera comme on oublie déjà Fukushima, Sendaï et côte nord-est du Japon tout comme cet autre volcan l'Eyjafjöll qu'on avait tous appris à prononcer.

 « Quand le poisson est pris, on oublie la nasse. Quand  l'idée est transmisepeu importent les mots qui ont servi à la convoyer. » Zhuangzi

 

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