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Sybille de Bollardière

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Pourquoi pas Karaganda ?

9 Octobre 2012, 09:16am

Publié par Sybille de Bollardiere

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Photo Google earth "Tommy" août 2006

L’hémisphère nord. Voila, c’est certainement ça et peut-être même que l’ambiance délétère actuelle n’est dûe qu’à ce détail géographique aggravé  par notre latitude exacte, 48° pour Paris et guère mieux pour moi, épinglée de surcroit par le méridien de Greenwich.

Comment vit-on ailleurs  au plus près  du 50 ème parallèle ?  De Vancouver à Komsomolsk (Une ville située sur la rive gauche du fleuve Amour, sur le chemin de fer Baïkal Amour Magistral, à 348 km au nord de Khabarovsk, pour être précise) Nous sommes plus au nord que Vladivostok, Oulan Bator ou Québec, sur la ligne qui va de Winnipeg à Karaganda… Je ne sais pourquoi ce matin, mais j’ai envie de m’arrêter à Karaganda. Peut-être parce que l’automne vient de s’installer et que je n’ai pas encore trouvé le bon rythme pour le prochain roman. Je tâtonne, griffonne et vitupère alors qu' en écriture comme en amour le seul remède c'est la fuite... Pourquoi pas Karaganda ? Cette ville, c’est juste un cauchemar construit en 1934 au cœur des steppes du Kazakhstan, un goulag plat comme le dos de la main avec des records météorologiques qui vous sidèrerait un Laurent Romejko :  -42,9 °C en décembre 1938 et + 40,2 °C août 2002. Sinon pour le tout venant : 137 jours de neige par an, 17 jours de blizzards et 3 tempêtes de sable annuelles. Nul doute que les « normales saisonnières » ne doivent pas être beaucoup plus clémentes.

Brutalement interpellée par cette ville inconnue au bout du 50 ème parallèle, je me demande quels sont les problèmes de leur rentrée à eux, les Karagandais. Ont-ils des terroristes nés karagandais ? Une crise économique ?Une rentrée littéraire ? A y regarder de plus près, ils l’ont eu leur événement littéraire, mais il y a bien longtemps: Alexandre Soljenitsyne, vécut en exil à Karaganda de 1953 à 1956. A part lui et quelques athlètes gonflés aux stéroïdes, ils ont eu aussi un président : Akhmad Kadyrov, président de la République de Tchétchénie de juin 2003 à octobre 2004, est né le 23 août 1951 à Karaganda. Et tiens, étrange : Aslan Maskhadov, l'un des leaders du mouvement séparatiste tchétchène, est né le 21 septembre 1951 à Chakaï, dans l'oblys de Karaganda… C’est pourtant une bonne année 51…

Côté patrimoine, sur Wikipédia on annonce : La Cathédrale Notre-Dame-de-Fatima de Karaganda, achevée en 2012, la Mosquée, l’Eglise orthodoxe et c’est tout... Ils restent quelques usines de charbon désafectées, de beaux bâtiments de l’ère soviétique, et surement cette nostalgie particulière que l’on ne rencontre qu’à l’Est. Ils ne vont pas être gênés par les écrivains et les touristes à Karaganda et c’est peut-être dommage. Au fond, je devrais en parler à Yoshka, ça pourrait nous motiver pour l'écriture…

Au-delà de Karaganda… Le kazakhstan :  http://aboutkazakhstan.com/blog/category/photos/page/4/


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Un week-end à Dinard...

8 Octobre 2012, 20:46pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Le Festival du film Britannique, c'est l'occasion de voir quelques très beaux films...

Cette année, le grand gagnant, magnifiquement interprêté nous fait vivre le drame d’une jeune veuve confrontée à son passé et à la réalité de la guerre à Belfast. Shadow Dancer du réalisateur James Marsh, avec Clive Owen et Gillian Anderson. Le film a été récompensé par Le Hitchcock d'or et Le Prix du public

Et en avant première :

Le jubilatoire Hitch du réalisateur : Sébastien Grall Sébastien d’après la pièce de théâtre. Remarquables interprètes : Joe Sheridan(Hitchcock) , Mathieu Bisson (Truffaut), Patty Hannock, inoubliable en Mrs Hitchcock !

Le très émouvant et réussi : The Scapegoat du réalisateur et scénariste : Charles Sturridge d’après une nouvelle de Daphné du Maurier. Interprètes : Matthew Rhys, Eileen Atkins , Sheridan Smith , Johdi May , Andrew Scott.

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Un été indien, octobre 1983

10 Septembre 2012, 22:19pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Le Chesnay, 8 octobre 1983

Paysages effleurés ces derniers jours, la forêt entre Rambouillet, Saint Léger et Montfort, la terre le soir sous la lumière rasante. Les tracteurs ont remplacé les moissonneuses. Je vais d’une salle d’attente à l’autre avec mon compteur en tête (6 médecins par jour). A Maurepas je retrouve cette vieille femme rencontrée il y a quelques mois. Je me souviens, elle pleurait dans le couloir du Docteur D. parce que « son garçon »-qui n’était pas son fils mais son petit-fils « mais vous comprenez Docteur, il n’y a plus de vrais parents… » avait une hépatite.

Il s’appelle Karim et est assis devant moi dans la salle d’attente, une douzaine d’années, brun, un peu olivâtre, long et fragile avec des lunettes et air résigné et triste. Elle, une vieille femme au visage boursouflé et rouge, elle se tord les mains pour contenir leur tremblement,  s’excuse de ne pas avoir salué avant de s’asseoir et puis se retourne vers l’enfant, la voix nouée par l’émotion : 

"Tu sais j’ai parlé au Docteur, pour ton cœur ce n’est pas grave seulement il faudra que tu fasses attention, tu ne dois pas courir comme avant… Au fait c’est quel jour demain ?" 

"Samedi , répond Karim qui essuie ses yeux  avec une expression d’ennui et de lassitude en passant son doigt sous les lunettes… Et demain ce sera dimanche…"

Karim n’a pas de chance

  

Sur la Seine, le 9 octobre 1983

Ecluses tout au long de notre remontée de la Seine. Dominant mon vertige, je vais à l’avant de la péniche, pour l’amarrer sur les quais. Parfois je ferme les yeux pour avancer sur les passerelles, aveugle j’ai plus d’équilibre.

Nous remontons au-delà de Paris, le paysage a changé, fini les usines et les ports délabrés, maintenant la rive est sauvage, bordée de saules et d’herbes folles.

Ecluse encore, murs couverts d’algues avec sous mes doigts la belle usure des cordages, je grimpe à l’échelle au dessus-du vide, entre les bateaux. C’est une victoire éreintante, totalement insignifiante pour les autres qui ne « savent pas ». J’essaierai de préserver coûte que coûte un monde extérieur vivable.  Je m’accroche à mon journal, à mon écluse à moi.

C’est aux nuits que je sais où nous sommes car toujours je cherche la lueur mauve du ciel à l’endroit des villes.

 

La Seine, 10 octobre 1983

A Melun le soleil qui salit les vitres et les vagues dont l’éclat vibre sur le plafond de la cabine. Je lis le journal d’Anaïs Nin. « Encore » dit simplement J. en ouvrant une autre bouteille.

 

New-York 29 octobre 1983

Les hublots du Concorde brulants de soleil sur la mer bleue. Les yeux rivés sur l’horizon, j’écoute de la musique pour ne rien entendre de ce qui se passe dans l’avion et puis c’est là, la ville qui émerge dans le soleil levant, rose, ocre, les tours de Manhattan. La côte, les maisons en bandes rectilignes, des marais, des lagunes près de l’aéroport.

Une lumière d’été, vive, avec les couleurs de l’automne ici moins avancé qu'à Paris. Un taxi jaune et Franck Sinatra sirupeux à la radio. Tout ce que je vais décrire de cette ville sera naïf, éculé. 

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L'entre deux mères

3 Août 2012, 17:09pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Parler de ma mère, c’est parler de moi, du plus intime de moi et même d’un avant moi, d'un avant soi. J’ai gardé de cet avant le sentiment très fort qu’il avait été heureux, la nostalgie d'une intimité liquide et d’un bonheur muet et partagé. Je devais me sentir bien et paisible car j’ai beaucoup retardé le moment de naître. Trois semaines à ce qu’il parait, un long bébé de près de 5 kg avec des yeux ouverts, des ongles et plein de cheveux. Je suis née juste un an après la mort d’une petite fille de deux mois. Ma mère n’a pas souffert. Je suis un bébé sage et en bonne santé mais très vite ma mère n’est plus vraiment heureuse, c’est déjà une femme trompée et bafouée. Si elle ne redoute ni la douleur, ni la solitude, elle craint le scandale et pour ne pas décevoir sa propre mère, elle va choisir de se taire, d’avoir d’autres enfants et de me confier justement à cette grand-mère qui prendra une place si importante.

      Je suis une femme entre deux mères qui n’a trouvé la paix qu’en devenant mère elle-même. Ce bonheur à l’abri des miens m’a permis d’avoir un autre regard sur mon enfance et des années noires dont je ne parlerai pas. Il n’y plus de témoin et y a-t-il jamais eu un coupable ?

      Aujourd’hui ma mère est âgée et nous nous rapprochons de cette intimité animale de nos débuts dans les regards, plus que dans les gestes. Nous nous sommes aimées sur le tard, trop tard pour les câlins mais j’ai pris son parti et le mien aussi. Elle est et a toujours été par mon choix délibéré, mon père et ma mère à la fois, ou plutôt une sœur aînée sur laquelle j’ai veillé. En échange ou peut-être par négligence, elle m’a offert la liberté. Je crois que, peu maternelle, elle en avait besoin pour elle-même. Je l’ai regardée aimer et elle m’a observée avec curiosité « pousser comme une plante sauvage ». C’était son unique principe d’éducation.

      Un jour, je n’avais pas quinze ans, elle découvrit un de mes poèmes. Pour elle qui avait toujours rêvé d’écrire, ce fût comme une révélation, une frontière venait de s’effacer entre nous. Je me souviens de son regard, de ses mots aussi « C’est toi qui a écrit ça ? » Le poème s’intitulait « Solitude de l’amour » J’ai compris ce soir là que je venais de faire quelque chose d’important. J’ai vu que ma mère me voyait comme elle ne m’avait jamais vue. Nous avons partagé en confidence ses amours, ses déceptions et parfois la musique qui les accompagnait : Wagner, Schumann, Mozart, Ravel, Poulenc. Des livres aussi, certains dédicacés par elle pour que je puisse les lire en pension : Stendhal, Radiguet, Montherlant, Sagan, et même le sulfureux D.H. Lawrence avec «L’amant de Lady Chatterley.

      Les années ont passé, les enfants ne pleurent plus que dans nos rêves et quand je lui téléphone ou m’assieds au pied de son lit pour nos messes basses matinales, nous parlons de l’été qui tarde et des hivers trop longs, de musique encore et de livres toujours. Celle qui fut autrefois belle et lapidaire dans ses jugements, se contente de ses souvenirs, d’un regard sur son jardin quand elle n’affronte pas les douleurs d’un corps défait, meurtri, presqu’immobile. J’ai commencé à parler d’elle au passé en sa présence. D’un futur qui ne lui appartiendrait pas, qu’elle ne lirait pas. Alors ma mère me souffle sa mémoire, la mélange à ma vie en toute lucidité pour qu’amnésique, j’écrive le livre qu’elle n’a jamais commencé.

Chronique publiée le 31 juillet sur le blog "La Maternité" par Mathieu Simonet, auteur (Les carnets blancs, Le Seuil 2010, La Maternité, Le Seuil 2012)

 

http://la-maternite.blogspot.fr/

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