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Sybille de Bollardière

chroniques

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Capharnaüm

20 Février 2015, 14:06pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Capharnaüm
Capharnaüm interne sous pluie régulière
Eau pétillante marque distributeur, gorgée de sel
Programme télé, aiguilles à tricoter et laine bleu marine
Un genou à terre, ficelle à rôti de géant
et sous le cœur ischémié, la main sur le papier
Flamme bleue du gaz et boite à musique
Centimètre, ruban de soie, crayon de couleur
Tournevis, dentelle, plumes, cadenas,
(J’ai oublié de préciser rose syrien le crayon)
quant au pendule, il est d’avenir évidemment
de passé parfois comme le gant tricoté main.
Bernique je vous dis
Sa brosse à dents, papier de verre, bille
Saint Patrick et quatre feuilles au trèfle
c'était autrefois
Galet de Blainville avant la marée du siècle
Oubliés : Le père, le fils et le saint Esprit
Restent quelques éléphants d’ébène, d’or ou d’ivoire
Sur les tables immobiles
Des objets, des mots
Un matin, un jour..

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Enfance

16 Février 2015, 12:12pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Enfance

Aujourd’hui le thème de l’atelier d’écriture sera l’enfance. Pour l’évoquer, « la faire venir » intacte dans ses limbes ou plutôt dans ce linceul mélancolique dont on l’enveloppe au fil des années, j’ai relu Bergougnioux, l’enfance avec un A comme âpre et agricole, Ernaux l’enfance sociologique, objet d’étude et de tendresse, en bocal dans les étagères de l’épicerie familiale. Canetti, Mandelstam, Sarraute, parce que rien ne vaut une enfance juive, colorée et voyageuse ou même exilée quand il s’agit de donner des couleurs à la sienne. Parfois l’enfance se résume à des objets : une peluche, un martinet, un livre, une petite voiture ou une poupée. L’enfance se referme autour d’un mot ou d’un jour de la semaine : l’enfance lumineuse du jeudi ou du mercredi. Curieusement on n’évoque les dimanches que pour en rappeler la tristesse et la solitude. Les enfants ne pardonnent pas à leur enfance de les avoir laissés seuls. Mais qu’est-ce qu’on a fait pendant l’enfance « en vrai » ? Comment occupait-on nos journées à part attendre ou rêver d’être grand pour au choix : partir, être enfin tranquille, les quitter pour toujours ou simplement vivre sa vie ?

J’aime cette phrase d’Annie Ernaux à propos de l’enfance de son père : Il aimait apprendre. (On disait apprendre tout court, comme boire ou manger.) Dans un autre texte, Les armoires vides ou La honte, Annie Ernaux cite ce mot apprendre en précisant qu’il était dévolu à l’enfance, chez elle-ce qui signifie à Yvetot dans les années 50-60 et dans sa famille, on ne parlait du travail que pour évoquer celui d’un ouvrier, d’un paysan. L’enfant lui ne faisait qu’apprendre. As-tu bien appris ? Qu’est-ce que j’ai appris ? Voila la question.

L'atelier d'écriture

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La vie d'à côté

7 Février 2015, 09:13am

Publié par Sybille de Bollardiere

La vie d'à côté

Après huit jours de navigation en "haute-mère", retrouver le quotidien industrieux de la page, non pas refaire, mais revivre. Ecrire n'est jamais anodin, répétitif. Chaque trait s'enfonce sous le derme qui s'épaissit. Mots volés, détournés et griffonnés à la hâte sur des enveloppes ou des coupures de journaux. Correspondante de presse, secrétaire particulière, l'envie d'écrire se nourrit des restes, des épluchures et fait son miel de ce larcin journalier. Le livre en cours - ne plus dire le roman, car c'est au-delà ou tout simplement pas exactement ça - est devenu la vie d'à côté, un lieu où glisse ce qui aurait pu être moi, ce qui l'a été en pensée, en actes et même en omission. L'écrit voit. L'écrit voix, L'écrit voie. Une vie inscrite, de chair et d'oubli où les mots retrouvés agissent comme des tatouages sur la réalité.

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Jour de pluie

29 Janvier 2015, 14:43pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Jour de pluie

Janvier, cette façon qu’a la nuit de déborder sur le jour, d’étaler ses couleurs de plomb sur un paysage enfin dompté. Plus rien ne bouge sur l’horizon balafré des pluies. Café, stylo, son frottement sur la page tandis que l’œil s’égare sur l’écran. Les bénéfices d’Apple, prise d’otage à Sydney, le fantôme d’EL à Tripoli… Les pensées filent sur la nappe, dérapent sur un mot : La Lybie et soudain je revois Béninah par le hublot dans le soleil de juillet. Béninah en 1971, c’est juste un bout de désert qui plonge dans la Méditerranée. Le charter Gatwick-Mahébourg s’est posé sur le tarmac en cette fin de matinée d’été. Plus de 40° à l’ombre mais voilà de l’ombre il n’y en a pas et la climatisation est coupée le temps du ravitaillement. Les officiels de l’aéroport ont déclaré : « Seuls les blancs peuvent débarquer » les autres, c'est-à-dire plus de 80% des passagers, sont des mauriciens qui rentrent au pays pour les vacances. L’équipage et les quelques européens dont je fais partie, ne descendront pas. Solidarité dans la fournaise, inquiétude muette pour écouter les hurlements des enfants et puis j’ai tout oublié, attendu comme un légume que l’enfer s’étire dans la carlingue surchauffée. On a décollé dans un silence de plomb, abusé des ventilations jusqu’à Entebbe, deuxième station, terre promise au bord du lac Victoria où on nous a offert de l’eau et une improbable douche. C’est ce jour-là que j’ai vu les neiges du Kilimandjaro. Le soir à Mahébourg il avait plu. La foule courait vers les passagers, je me souviens d’une robe jaune comme une fleur que je suivais des yeux.

Béninah et Entebbe sont deux cauchemars englués dans le souvenir de leurs dictateurs et pour les neiges du Kilimandjaro le pronostic n’est pas terrible non plus mais il y a surement quelque chose de bien dans cette foutue journée de pluie. J'y retourne.

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