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Sybille de Bollardière
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Telle qu'elle était, gravide et nue

17 Avril 2011, 09:23am

Publié par Sybille de Bollardiere

 

Il pleut depuis des lunes

Invisible dans la nuit d’encre

Tout le continent défile

Contre ma barque délestée de ses rêves

Souillure des berges où l’ingérence des eaux emporte

Jardins - étoffes - nuages

Et des éclats d’îles dans la nuit

Comme des corps chavirés

Vers le sommeil du delta

 

Absence de signe autre

Que le bleu écaillé du ciel

Et le grand tourment du soleil

Dans l’enchevêtrement des pluies

 

Un feu dessine un temple

Dans les mailles d’une mangrove

Et je la vois Elle, dans le jeu des flammes

Telle qu’elle était

Avant que le monde ne l’habille

Remontant le Nil et les cataractes

Du Soudan aux vallées kenyanes

Telle qu’elle était, gravide et nue

Depuis les premières collines de l’Est

Jusqu’au commencement de l’eau.

 

L’altérée

Comme une stèle noire sur la rive

Tissant l’homme à venir

Avec du jonc de l’écume et du feu.

 

Plus bas au seuil de la nuit qui rougit l’échine des falaises

Le fleuve emporte son cri dans la plainte des rapides

Une nouvelle lune m’accompagne

Sur le miroir des eaux.

 

Extrait - L'altérée - Poèmes du Djoué


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Les livres ne sont pas des maisons closes

16 Avril 2011, 08:57am

Publié par Sybille de Bollardiere

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De certains livres, je garde en mémoire des phrases qui n’ont jamais été écrites. Fenêtres béante sur les mondes qu’ils ont découverts, ces livres là ferment la marche et portent en eux nos maux à venir. Nous les aimons en nous y égarant, aveugles, illuminés dans ces lieux hantés où nous guident nos propres ombres.


Quoi de mieux qu’une dérive d’écriture au gré des courants ? Lecture en marge du temps, écriture dans l’interstice, palpitante, troublée. L’auteur s’oublie entre deux pages et le lecteur le cherche en quatrième de couverture, qu’importe ! Les livres ne sont pas des maisons closes mais des chemins qui s’offrent en pâture, des plaies ouvertes sur des ciels livides.


Ils ont longue vie avant de disparaître sous nos yeux, cinq ans, dix ans, parfois toute une vie d’homme avant que leurs mots, par nous sucés, psalmodiés, les effacent et nous appartiennent. Mais on s’en tiendra là. Ecrire et lire sont des plaisirs dormants dont la nécessaire solitude interdit ou limite les débordements. 


Photo 045

Précédemment publié le 23 septembre 2010

 

 

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Terre d'écume

14 Avril 2011, 07:41am

Publié par Sybille de Bollardiere

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Ma terre d’écume

Exsangue au pied des falaises

Claquant des dents dans l’air acide

Mais irrémédiablement belle,

Invincible et tranchante

Comme l’arrête des mots

Et l’exigence des sentiments à venir

 


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Mu-Ghindo

7 Avril 2011, 20:22pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Dans le clapot des îles

Et sous la griffe des mangroves

Je t’ai cherché Toi, Mu-Ghindo,

La statue qui parlait à mes rêves

 

Je suis la fille des pilleurs d’Afrique

Et le pas des régiments marche sur mon cœur

J’épouse les guerres et les naufrages

La violence et l’oubli

Sous la tôle qui résonne en tam tam

Quand le soleil bat midi

 

J’épouse les cartes jaunies

Les villages anéantis et le recul des forêts

Pour un dieu minéral

Qui sème ses étoiles dans le grand marécage

Et nos gènes apatrides sur tous les continents

 

A cet autre, mon double

Qui attend et redoute le pire

J’offre ce partage des eaux

Et toutes les plaies de la terre

Où nous trouvions refuge

 

Enfants à jamais dans les limbes d’argile

Nous serons pilleurs d’étoiles un jour

 

Les poèmes du Djoué

 

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