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Sybille de Bollardière
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Doet, prononcer "Doute"

15 Novembre 2023, 18:02pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Doet, prononcer "Doute"Doet, prononcer "Doute"
Doet a enfilé son imperméable jaune
et marche devant moi dans le matin d'octobre
Je la rejoins
l'absence de mots accompagne nos pas
et cette ombre sur la mer qui dessine les îles
Elle sait déjà tout de notre disgrâce
n'ignore rien de ce qui nous attend
exil horizontal sous les vertiges
de l'hémisphère nord
Doet m’offre son sourire blessé
et plus qu'une main posée,
l'abri pour une nuit là, sous les toits
dans le bleu et bois
en contrebas de la mer si calme ce jour-là.
 
J'ai aimé marcher près d'elle
Buissons d'oiseaux sous le dais gris du ciel
qui se levaient à notre approche
et cette nuit là et toutes les nuits
quand je me cherche un autre nom
je la revoie
Doet avance et me sourit
Avec son cœur de mère
Comme un rempart jaune contre l'oubli.
 
Octobre 2015 
 

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Outrenoir

2 Novembre 2023, 08:53am

Publié par Sybille de Bollardière

Pierre Soulages, 1919 -2022

Pierre Soulages, 1919 -2022

"La tempête mandchoue sablait la départementale"1
Écrivait le poète en marchant dans la ville
C'était avant, à l'aube d'une année que tu n'avais pas écrite
Bien avant l’été de Faro quand tu cherchais déjà ce que tu n'avais plus
Ce que tu n'avais même jamais eu
Tu as tellement manqué que seuls les enfants savaient te parler
Mais que faire du présent à présent ?
Quelle place lui donner quand le passé l'envahit et règle ses comptes
Il est temps maintenant
Et parce qu'il t'aimait et qu'il savait l'écrire en détournant la langue
et son tourment de vivre
Ta place t'attend à la droite du Père parmi les vivants et les morts
Mais ce que tu aimerais toi c'est un présent éternel
Une nouvelle peau de chagrin
Le temps de vivre et d'écrire peut-être même d'aimer 
Tout à la chaleur d'un corps, le tien
Libre de composer l'hymne du futur
Une nouvelle géographie des voyages
Loin du pavillon de la tranquillité
Vivre
L'avènement promis
Tu ne mourras point
C'est aujourd'hui que tout commence
Car je te le dis c'est bien des morts
Dont nous tenons notre vie et pas seulement
L'amour inépuisable ici à l’ouest
Où la synérèse divine rime avec heureux
Alors à défaut de gloire et d'amour 
Tu échangerais bien quelques mots
Contre un passé plein d’avenir
"Et quand commence t'on de finir ses jours?"1
Tu ne veux pas tourner la page
Tu sais qu'au-delà c’est entrer dans une vie
Qui comme l’amour en image
Ne vous appartient déjà plus
Revenir à ceux que vous étiez
Marcher d'un simple accord sans gravir la pente
Ecrire encore pour ne pas en finir.

1 novembre 2023
1 - Michel Deguy - Donnant Donnant, Gallimard 1981

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Aucune barque ne prendra la mer

15 Octobre 2023, 21:12pm

Publié par Sybille de Bollardière

Liuniko dit Dominique Mu Ghindo - Moulage en plâtre réalisé en 1846 à l'Ile Maurice par Eugène de Froberville, ethnographe, linguiste et cartographe. Photo UGOsansH. Propriété personnelle.

Liuniko dit Dominique Mu Ghindo - Moulage en plâtre réalisé en 1846 à l'Ile Maurice par Eugène de Froberville, ethnographe, linguiste et cartographe. Photo UGOsansH. Propriété personnelle.

Une tête sombre dans sa gangue de plâtre
Un dieu muet dans son armure de silence
Je t'appellais Moyindo, noir en lingala
une langue d’emprunt que nous n’avons ni l’un ni l’autre, jamais parlé
Moyindo comme autrefois, quand je t'appelait noir
Pour que tu ne parles pas et que tes lèvres closes
Veillent sur les nuits de l’enfant que j’étais
J’ai grandi sous tes paupières, rêvant ta vie, la mienne
Imaginant un réveil qui n’a jamais eu lieu
Ta vie d’avant, tes épaules, ton buste, tes mains
Et ce corps contraint, penché dans l’effort
Ton corps d’esclave
 
Aucune barque ne prendra la mer pour te ramener chez toi
 
Tu es né libre et ça ne s'oublie pas
Même s’ils t'ont volé tes yeux, tes mots et tes regrets
L'espoir est comme un soufflet de forge entre tes mains
Une chanson stridente au petit matin
Le pouls bleu des nuits contre l'ennui, le remords
 
Aucune barque ne prendra la mer pour te ramener chez toi
 
Pendant que les oiseaux se gavaient des cerises de juillet
Un avenir de regrets crachait ses noyaux à mes pieds
Je leur ai prêté ton visage le temps d’une photo
Et c’est ton âme qu’ils ont emportée
Tu n'es plus le même, ton nom a changé
Et maintenant j’étudie la géographie de tes larmes
Sur ce buste de plâtre noirci
Toi,
Dressé dans ma vie comme un cénotaphe
Étranger à toute chose, indifférent au siècle qui t'entoure
 
Aucune barque ne prendra la mer pour te ramener chez toi
 
Parler de toi est toujours une faute, au mieux une erreur
Je ne dirai rien qui puisse l’effacer
Je n’ai le droit que de me taire
Et maintenant je choisis de l’ignorer
Tu es là parce que tu es le maître de mes nuits
 
Aucune barque ne prendra la mer pour te ramener chez toi
 
Ta liberté figurait à l’inventaire mais tu es resté
Celui que l'on célèbre c'est le captif
avec cet avant que l’on te prête, cet après que l’on érige
Oubliant que tu n’es pas plus accessible que je ne le suis
L’un et l’autre affublé d’une réalité et d’un présent illusoire
Toi l’homme noir
et moi le poète égaré dans les méandres de l’histoire
 
Aucune barque ne prendra la mer pour nous ramener notre âme
 
15 septembre 2023
 

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Nuages

28 Septembre 2023, 09:55am

Publié par Sybille de Bollardière

NuagesNuages
Nuages
NuagesNuages

Parce que le monde est tel que nous ne l’avions pas rêvé
Je voyage
Du sable noir des plages des Célèbes
Aux nuit d'orage du Gabon où les crocodiles rouges
Remontent des ténèbres et filent à contre nage 
Entre les hautes herbes des tropiques

Partager chaque matin dans l'effusion du jour
pendant qu’un avion détricote un nuage
Ecrire en pleins et en déliés pour témoigner du soleil
Bras écartés sous les oiseaux qui tissent les nuages
Et réparent les saisons à venir 
Suspendue dans l'air, le mauve pâle d'un cosmos
L'attente comme une couleur en transparence  

Les continents du ciel se dilatent et se frappent
Dans d’étranges combats de cétacés
Entre deux nuages, un isthme de bleu se referme
Soleil de biais dont la lumière s'accroche aux franges d'un cumulo nimbus
Aspirée là-haut par ces archipels célestes 
J’écris, penchée sur la page
Pendant que les abeilles s'enivrent du cœur rose des sedums

Les mots n'atteignent rien mais je voyage avec eux
Passagère et libre
Parfois la lenteur nous prend en otage
Pour repeindre le monde sous d’autres couleurs
C'est ainsi que je passe le temps sous les nuages

 

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