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Sybille de Bollardière

chroniques

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Un week-end à Dinard...

8 Octobre 2012, 20:46pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Le Festival du film Britannique, c'est l'occasion de voir quelques très beaux films...

Cette année, le grand gagnant, magnifiquement interprêté nous fait vivre le drame d’une jeune veuve confrontée à son passé et à la réalité de la guerre à Belfast. Shadow Dancer du réalisateur James Marsh, avec Clive Owen et Gillian Anderson. Le film a été récompensé par Le Hitchcock d'or et Le Prix du public

Et en avant première :

Le jubilatoire Hitch du réalisateur : Sébastien Grall Sébastien d’après la pièce de théâtre. Remarquables interprètes : Joe Sheridan(Hitchcock) , Mathieu Bisson (Truffaut), Patty Hannock, inoubliable en Mrs Hitchcock !

Le très émouvant et réussi : The Scapegoat du réalisateur et scénariste : Charles Sturridge d’après une nouvelle de Daphné du Maurier. Interprètes : Matthew Rhys, Eileen Atkins , Sheridan Smith , Johdi May , Andrew Scott.

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Un été indien, octobre 1983

10 Septembre 2012, 22:19pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Le Chesnay, 8 octobre 1983

Paysages effleurés ces derniers jours, la forêt entre Rambouillet, Saint Léger et Montfort, la terre le soir sous la lumière rasante. Les tracteurs ont remplacé les moissonneuses. Je vais d’une salle d’attente à l’autre avec mon compteur en tête (6 médecins par jour). A Maurepas je retrouve cette vieille femme rencontrée il y a quelques mois. Je me souviens, elle pleurait dans le couloir du Docteur D. parce que « son garçon »-qui n’était pas son fils mais son petit-fils « mais vous comprenez Docteur, il n’y a plus de vrais parents… » avait une hépatite.

Il s’appelle Karim et est assis devant moi dans la salle d’attente, une douzaine d’années, brun, un peu olivâtre, long et fragile avec des lunettes et air résigné et triste. Elle, une vieille femme au visage boursouflé et rouge, elle se tord les mains pour contenir leur tremblement,  s’excuse de ne pas avoir salué avant de s’asseoir et puis se retourne vers l’enfant, la voix nouée par l’émotion : 

"Tu sais j’ai parlé au Docteur, pour ton cœur ce n’est pas grave seulement il faudra que tu fasses attention, tu ne dois pas courir comme avant… Au fait c’est quel jour demain ?" 

"Samedi , répond Karim qui essuie ses yeux  avec une expression d’ennui et de lassitude en passant son doigt sous les lunettes… Et demain ce sera dimanche…"

Karim n’a pas de chance

  

Sur la Seine, le 9 octobre 1983

Ecluses tout au long de notre remontée de la Seine. Dominant mon vertige, je vais à l’avant de la péniche, pour l’amarrer sur les quais. Parfois je ferme les yeux pour avancer sur les passerelles, aveugle j’ai plus d’équilibre.

Nous remontons au-delà de Paris, le paysage a changé, fini les usines et les ports délabrés, maintenant la rive est sauvage, bordée de saules et d’herbes folles.

Ecluse encore, murs couverts d’algues avec sous mes doigts la belle usure des cordages, je grimpe à l’échelle au dessus-du vide, entre les bateaux. C’est une victoire éreintante, totalement insignifiante pour les autres qui ne « savent pas ». J’essaierai de préserver coûte que coûte un monde extérieur vivable.  Je m’accroche à mon journal, à mon écluse à moi.

C’est aux nuits que je sais où nous sommes car toujours je cherche la lueur mauve du ciel à l’endroit des villes.

 

La Seine, 10 octobre 1983

A Melun le soleil qui salit les vitres et les vagues dont l’éclat vibre sur le plafond de la cabine. Je lis le journal d’Anaïs Nin. « Encore » dit simplement J. en ouvrant une autre bouteille.

 

New-York 29 octobre 1983

Les hublots du Concorde brulants de soleil sur la mer bleue. Les yeux rivés sur l’horizon, j’écoute de la musique pour ne rien entendre de ce qui se passe dans l’avion et puis c’est là, la ville qui émerge dans le soleil levant, rose, ocre, les tours de Manhattan. La côte, les maisons en bandes rectilignes, des marais, des lagunes près de l’aéroport.

Une lumière d’été, vive, avec les couleurs de l’automne ici moins avancé qu'à Paris. Un taxi jaune et Franck Sinatra sirupeux à la radio. Tout ce que je vais décrire de cette ville sera naïf, éculé. 

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L'entre deux mères

3 Août 2012, 17:09pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Parler de ma mère, c’est parler de moi, du plus intime de moi et même d’un avant moi, d'un avant soi. J’ai gardé de cet avant le sentiment très fort qu’il avait été heureux, la nostalgie d'une intimité liquide et d’un bonheur muet et partagé. Je devais me sentir bien et paisible car j’ai beaucoup retardé le moment de naître. Trois semaines à ce qu’il parait, un long bébé de près de 5 kg avec des yeux ouverts, des ongles et plein de cheveux. Je suis née juste un an après la mort d’une petite fille de deux mois. Ma mère n’a pas souffert. Je suis un bébé sage et en bonne santé mais très vite ma mère n’est plus vraiment heureuse, c’est déjà une femme trompée et bafouée. Si elle ne redoute ni la douleur, ni la solitude, elle craint le scandale et pour ne pas décevoir sa propre mère, elle va choisir de se taire, d’avoir d’autres enfants et de me confier justement à cette grand-mère qui prendra une place si importante.

      Je suis une femme entre deux mères qui n’a trouvé la paix qu’en devenant mère elle-même. Ce bonheur à l’abri des miens m’a permis d’avoir un autre regard sur mon enfance et des années noires dont je ne parlerai pas. Il n’y plus de témoin et y a-t-il jamais eu un coupable ?

      Aujourd’hui ma mère est âgée et nous nous rapprochons de cette intimité animale de nos débuts dans les regards, plus que dans les gestes. Nous nous sommes aimées sur le tard, trop tard pour les câlins mais j’ai pris son parti et le mien aussi. Elle est et a toujours été par mon choix délibéré, mon père et ma mère à la fois, ou plutôt une sœur aînée sur laquelle j’ai veillé. En échange ou peut-être par négligence, elle m’a offert la liberté. Je crois que, peu maternelle, elle en avait besoin pour elle-même. Je l’ai regardée aimer et elle m’a observée avec curiosité « pousser comme une plante sauvage ». C’était son unique principe d’éducation.

      Un jour, je n’avais pas quinze ans, elle découvrit un de mes poèmes. Pour elle qui avait toujours rêvé d’écrire, ce fût comme une révélation, une frontière venait de s’effacer entre nous. Je me souviens de son regard, de ses mots aussi « C’est toi qui a écrit ça ? » Le poème s’intitulait « Solitude de l’amour » J’ai compris ce soir là que je venais de faire quelque chose d’important. J’ai vu que ma mère me voyait comme elle ne m’avait jamais vue. Nous avons partagé en confidence ses amours, ses déceptions et parfois la musique qui les accompagnait : Wagner, Schumann, Mozart, Ravel, Poulenc. Des livres aussi, certains dédicacés par elle pour que je puisse les lire en pension : Stendhal, Radiguet, Montherlant, Sagan, et même le sulfureux D.H. Lawrence avec «L’amant de Lady Chatterley.

      Les années ont passé, les enfants ne pleurent plus que dans nos rêves et quand je lui téléphone ou m’assieds au pied de son lit pour nos messes basses matinales, nous parlons de l’été qui tarde et des hivers trop longs, de musique encore et de livres toujours. Celle qui fut autrefois belle et lapidaire dans ses jugements, se contente de ses souvenirs, d’un regard sur son jardin quand elle n’affronte pas les douleurs d’un corps défait, meurtri, presqu’immobile. J’ai commencé à parler d’elle au passé en sa présence. D’un futur qui ne lui appartiendrait pas, qu’elle ne lirait pas. Alors ma mère me souffle sa mémoire, la mélange à ma vie en toute lucidité pour qu’amnésique, j’écrive le livre qu’elle n’a jamais commencé.

Chronique publiée le 31 juillet sur le blog "La Maternité" par Mathieu Simonet, auteur (Les carnets blancs, Le Seuil 2010, La Maternité, Le Seuil 2012)

 

http://la-maternite.blogspot.fr/

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La plage

23 Juillet 2012, 20:08pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Saint Lunaire, Le Goulet, juillet 2012

Chaque jour j’écris la plage ou plus exactement je n’écris pas mais c’est bien aussi de se retrouver là où j’ai tellement aimé. Ici où tout est lié, enchevêtré. L’amour et le souvenir que l’on en a, l’espoir qu’on cultivait et cette déception qu’on a promené parfois en fin d’été, juste avant les buissons de mures et le retour à Paris. Oui l’amour, la mer, les vacances et tout cela superposé avec les courses essoufflées de l’adolescence. Je me souviens de la côte à bicyclette, des pneus crevés et des pluies barbares qui nous coupaient la route, mais pas le désir ni l’envie de se vautrer à flan de falaise dans le lit détrempé des amours aoutiennes.

L’irruption du beau temps au cœur de l’été est aussi magique que confondante. On se souvient des étés solaires et lumineux et l’on enterre ceux que l’on passait glacés à rêver d’un ailleurs qui se faisait attendre. C’est pourtant aux étés de pluie que l’on a tout donné mais on veut l’oublier, comme on efface ses souvenirs pour les réinventer et s’offrir un avenir dans les marges d’un cahier.

Je crois que l’on peut mourir de ne pas réussir à écrire, de ne pas pouvoir partager ce qui a été à un moment si capital qu’on s’était juré de n’en rien perdre et de s’y installer avec ses mots, ses images comme un chez soi où l’on pourrait recevoir. Parfois il faut renoncer, décider de vivre et remettre à plus tard ce grand projet qui n’intéresse que soi. Il faut vivre et écrire simultanément, on en revient toujours là. Le présent s’étale dans le temps, sur des heures, des journées de bleu, de plaisir, de fatigue. C’est une myriade d’instants comme les grains de sable de la plage où je suis alors que ce je tirerais d’aujourd’hui en écrivant devra être intense, court, tenir en quelques phrases, restituer le ciel bleu marine, le rire de la petite fille, le crissement des pelles des enfants sur le sable humide, l’horizon des îles sous une brise de nord ouest et l’absence. Oui l’absence, comme s’il devait toujours manquer quelque chose à ce qui compte. L’absence de ce qui n’est plus ; d’autres étés, un amour et ce petit garçon qui marche dans ma mémoire. L’absence de ce qui n’a pas eu lieu et dont j’avais rêvé quand je m’installais ici pour une vie entière été comme hiver. Mais tout cela n’est rien comparé à l’absence de ceux que je n’ai pas rencontrés et qui manquent à ce décor. Leur silence pèse sur le paysage même si, parmi ceux qui m’entourent, personne ne le sait. 

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Saint Lunaire, la grande plage, juillet 2012

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