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Sybille de Bollardière

poesie

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Poésie, Silvia Baron Supervielle

24 Mars 2013, 11:25am

Publié par Sybille de Bollardiere

77e-anniversaire-silvia-baron-supervielle-L-Cno1pI-copie-1.jpgLe matin, lorsque je me lève, j’ai la sensation d’avoir été mise sur la terre pour travailler. A quoi ? Je me sers des mots sur la feuille patiente comme le marteau sur le fer et la pioche sur la terre. Je me sers du silence pour filer. Il est probable que durant la nuit, comme Pénélope, je défasse mon ouvrage afin de le recommencer à l’aube : « C’est ainsi que ses jours passaient à tisser l’ample voile/et ses nuits à défaire cet ouvrage sous les torches »1

Travail de vivre, travail de mourir. L’excuse de ce travail est de le poursuivre aveuglément. Je suis venue au monde pour m’acquitter de cette tâche : poursuivre un travail, le mien, certes, et celui des autres. C’est elle, toi, nous penchés sur une immense toile que les vents de la nuit défont. Nous reprenons le tissage à l’aube. Nous tirons sur des fils où brillent les reflets de l’Atlantique. Les vents de la mer entrouvrent ses portes et, sans bouger, nous avons l’illusion de retrouver la liberté.

Silvia Baron Supervielle,

Le Pays de l’écriture, le Seuil, 2002

1Homère Odyssée, chant II, traduction de Philippe Jaccottet

http://fr.wikipedia.org/wiki/Silvia_Baron_Supervielle

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/05/silvia_baron_su.html

 une-reconstitution-passionnelle-correspondance-1980-1987-ma.gifUne reconstitution passionnelle : correspondance 1980-1987

Marguerite Yourcenar, Silvia Baron Supervielle

Paru le 15 octobre 2009

Editeur  Gallimard

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"Les gens de la côte" de Monzer Masri

22 Février 2013, 16:40pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

 

Au café le matin, au café le soir

 

Le matin

entre dix et une heure

tu seras,

pour qui veut te voir,

à ta place habituelle

au café du trottoir est

suivant du regard

les morts

qui passent

Et le soir

entre cinq et neuf heures

tu seras,

pour qui veut te voir,

air détaché,

écrasé

à ta place habituelle

au café du trottoir ouest

mire du regard

des vivants

qui passent.

 

 

Navire égaré, rivage abandonné

 

Étais-tu navire égaré

et moi rivage abandonné?

Étais-je navire égaré

et toi rivage abandonné?

Ou étions-nous tous deux

navires égarés

qui se croisèrent au large

d’une mer sans rivage?

Aujourd’hui,

vagues giflant mon visage

et le giflant encore,

jamais plus

– je le sais –

rencontre n’adviendra

car nous sommes seulement

nous sommes depuis toujours

deux rivages

abandonnés.

 

Monzer Masri

poète et peintre syrien né en 1949 à Lattaquié

 Poèmes Traduits de l’arabe par Claude Krul, extraits du numéro de février 2013 de L'Orient littéraire

 « Les gens de la côte » est  paru en français aux éditions Alidadès en 2005.

 

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Lumière

18 Février 2013, 17:42pm

Publié par Sybille de Bollardiere

Le-Perche-8640.jpg

Le-Perche-8627.jpg

Le-Perche-8637.jpg

C’est encore l’hiver là-haut sur les plateaux

où le sang jaune des sillons sèchent sous le vent des corbeaux

mais si peu ici,

dans les vallons où le temps s’enivre de bleu.

Alors pour oublier l’attente et le ciel froissé des pluies

je délaisse, papier, crayons, clavier et fiction

pour la lumière du lavoir et celle des chemins.

Une journée comme en repos de soi

avec des mots de tous les jours

de lisières, de bois, d’écorce ou de sable

des mots de rien, du quotidien, même pas d’amour

mais plus que ça et je le sais bien.


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"Nuit" de Gustave Roud "Parler de soi..."

29 Janvier 2013, 18:45pm

Publié par Sybille de Bollardiere

GustaveRoud-autoportrait-vers1940.jpg

Autoportrait Gustave Roud

« Parler de soi… Un nuage pourrait-il le faire, commencer un « je suis » à l’instant où, penché sur le brasier du soleil moribond, de mouvante vapeur il se mue en flamme, puis flotte en nappe de cendre sur la terre endormie ? Son être est à la merci d’un rayon, d’un frisson de la mer aérienne ; toutes ses métamorphoses, et même les plus secrètes, jusqu’à la subite glace en son sein, toute forme lui est donnée… En vérité s’il tente, lui, le seul léger parmi tout ce qui pèse, de dire non l’impossible « je suis », mais au moins un « j’étais » - ce lien entre ses successives apparences – oserait-on lui reprocher son orgueil ? Quand le monde entier maintient sans une seconde d’oubli entre vous et lui l’infranchissable, comment parler des autres ? Là serait l’orgueil, et le pire – tandis que les paroles sur soi-même à voix basse de l’homme oublié, tout de suite reprises par le silence, forment peut-être un acte de véritable humilité. »

Extrait de Nuit,

Gustave Roud

Bibliothèque des Arts

1978

Gustave Roud, poète et photographe

http://www.gustave-roud.ch/Accueil.html

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/02/gustave_roud.html


Gustave-Roud-vers1940.jpg      Gustave-Roud-Hiver-dateNC

Photos Gustave Roud

Alors maintenant, que je vous ai offert ce poème et donné, je l’espère, l’envie de découvrir Gustave Roud, ce grand parmi les grands, "rentrer en soi" sera le mot d’ordre, la destination, un vœu d’écriture en somme et bonne semaine.

S de B


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