Sybille de Bollardière
Autrice de romans, chroniques et poèmes. Atelier d'écriture en ligne et en présentiel, photos.
Entre les pluies
Jeudi 20 juin 17 heures
Entre les pluies reprendre le livre, retrouver son sujet et la force d’aller plus loin dans ce maquis de brouillons, de notes et de tout ce que l’on aimerait dire. Cultiver le secret dans le doute parfois jusqu’à l’abstinence. Les pages qu’on ne peut écrire sont souvent les plus belles, elles sont là, entre les lignes, invisibles mais mélodieuses, ce sont elles qui me donnent le rythme.
Vendredi 21 juin 7 heures
« La chambre de bonne » en écrivant ces mots ce n’est pas le lieu où vient de s’installer I. que je découvre mais tout un pan de vie où la fiction croyait s’abriter en toute impunité. Derrière la toile de jute un peu fanée que l’auteur a posé sur les murs pour pouvoir décrire la vie de son héroïne dans son « nouveau chez soi », dix années hors sujet surgissent ce matin. Souvenirs sous les toits quand j’épiais la vie d’à côté pour en connaître les secrets dérisoires et cette misère silencieuse qui se lavait à l’eau froide du couloir. Des années anciennes qui n’ont rien à voir avec mon récit, et des pas qui s'annoncent entre les pluies... Sonnent la récréation du week-end.
Séance de purification à l'encre
Mémoires
Dimanche en deuil de semaine
Séance de purification à l'encre
Je n'étudie pas le bonheur
Mais sa trace - ce qu’il en reste
Ce qui le cerne et l'annonce
Dans la macération des heures
Dimanche à l'heure des laudes
Quand la lucidité insomniaque
Dicte les souvenirs d'une mémoire labile
Extrait de Territoires
Poésie
Une journée ordinaire de Guy Moquet à Montparnasse
A l’heure de pointe ce matin, pendant qu’un astéroïde s’apprêtait à frôler la planète, j’ai voyagé en sous-sol sur la ligne 13, le dernier wagon en compagnie d’un insensé bouquet de pivoines roses.
Elle est montée à Guy Moquet, exotique et fluide comme le parfum de ses fleurs qu’elle tenait précieusement en dépit de la foule et de l’écrasement. Quelle provocation ce bonheur olfactif, cet éclat chiffonné et frais dans le matin musqué et bougon. Le bouquet comme les poussettes et leurs charmants bambins d’autres jours, fit l’effet d’une bombe. Tout le monde s’effaça pour ne pas risquer de l’abimer. La jeune reine descendit à Saint Lazare, je remarquai alors au milieu des pivoines, des boutons de roses blanches, des nuages de gypsophile. Il y eut un grand soupir et dans le sillage parfumé que nous laissa son départ, quelques échanges de regards.
Un bouquet de pivoine pour un peu d’humanité retrouvée, car enfin, on n’offense personne en le regardant dans les yeux.
Plus bas dans la ligne 13, en fin de journée quand j’aborde Montparnasse et son tapis roulant des pluies qui nous passe sur la tête. 19 heures, j’ai acheté un petit pain aux olives que je mange devant la vitrine de la Librairie Payot. Elle a les yeux bleus un peu égarés, la soixantaine bien coiffée, se déclare «écrivain» et dédicace son ouvrage incognito, debout entre les rayons de livres. Elle traque le client stylo en mains : «Qui n’en veut du bouquin… Je l’ai écrit moi-même, je suis infirmière…»
« Non merci » j’ai dit, un peu honteuse tout en mâchant mon pain aux olives. J’ai traîné ma valise à roulettes, plus loin vers le quai n°20. C’est toujours le même pour le train que je prends mais chacun attend « qu’il s’affiche ». On n’est jamais à l’abri d’une surprise.
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