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Sybille de Bollardière
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La cour aux "Ernests"

21 Novembre 2013, 14:08pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Quand il a fallu que je trouve une photo pour illustrer ce premier article sur les ateliers d’écriture, mon choix s’est naturellement porté vers un portrait ancien, un visage inconnu ou familier à redécouvrir dans l’album familial, de préférence à une époque où je n’ai pas de souvenir. J’ai cherché également un paysage, un décor dans ce qui me tombait sous la main : magazine de voyage, hebdomadaire, mais tout flottait devant mes yeux sans vraiment m’intéresser. Je cherchais la photo d’un jour, d’un moment, d’une émotion. Une photo dont je pourrais dire « quelque chose va se passer là, maintenant, ou à partir de cet instant… » En feuilletant l’album de mon smartphone, je me suis arrêtée sur ce jardin parisien dans le soleil d’un après-midi de septembre.

C’est la cour carrée de L’E.N.S. rue d’Ulm. A ma gauche, des étudiants boivent leur cannette de coca sous la frondaison des arbres, il fait chaud mais j’hésite à m’asseoir comme si je ne faisais pas partie des lieux. L’eau du bassin est verte, opaque et le débit du jet d’eau ténu. Dans un angle il y a des échafaudages, des travaux de rénovations de la façade se poursuivent. Je remarque les bustes encadrant la cour, tente de déchiffrer sur la pierre le nom des écrivains qui sont représentés, reconnais Lamartine mais je suis à contre-jour et j’aimerais rester discrète. Je sors mon téléphone et j’appuie furtivement sur le déclencheur. Le cliché est banal et mal cadré. Je me souviens de l’avoir pris comme une touriste, un peu honteuse de ne pas déjà connaître l’endroit. J’étais ce jour-là, intimidée dans le saint des saints d’un temple où je croyais ne jamais pénétrer même en visiteuse. Je n’ai su lire correctement que fort tard et quant au Bac, en dehors des épreuves de français et de géographie, c’est un moment de honte que j’ai chassé de ma mémoire avec les quelques notes à un seul chiffre que m’a valu cet examen. Les autodidactes ont toujours le sentiment d’entrer par effraction en littérature comme ailleurs. Dans certaines circonstances ça devient un challenge et on finit par y prendre du plaisir sans que la crainte de ne pas être à la hauteur ne baisse pour autant la garde.

Lorsque j’ai franchi le porche du 45 de la rue d’Ulm en ce vendredi de septembre, l’émotion m’a envahie au point de me faire oublier quelques instants que je venais là pour assister à une conférence. Traversant le hall, j’ai marché vers ce jardin encadré de bâtiments anciens, regardé les maigres fleurs des parterres et avancé dans l’ombre des frondaisons poussiéreuse comme dans un cloître interdit aux profanes. Alors pourquoi cette photo aujourd’hui ? Pour ce jardin témoin de la littérature, pour les mots entendus cet après-midi-là mais plus encore pour l’impression tenace bien qu’invérifiable, d’avoir été dans ce jardin, là où je devais être, chez moi dans « un lieu d’écriture ».  C’est à partir de ce moment que j’ai décidé de participer aux Ateliers et d’en organiser moi-même.

Depuis je retourne souvent en pensée dans la cour dite « Aux Ernests »*. Le plus étrange pouvoir que donne les mots c’est celui de vous promener dans le passé aussi bien que dans n’importe quel présent imaginaire. Je retournerai rue d’Ulm quelque soit la saison. Je rêverai dans ces allées désertes, m’assiérai sur l’un de ces bancs et peu importe la neige, le vent ou la nuit à venir, les grilles sont toujours ouvertes au passeur de la chose écrite.

 

  * Le bâtiment historique de l'École est construit en carré autour d'une cour. Un bassin circulaire, récemment rénové, y abrite quelques poissons qui sont surnommés « les Ernests » (du nom d'un ancien directeur de l'École, Ernest Bersot) ils sont un des symboles officieux de l'École. Par extension cette cour est appelée « Cour aux Ernests », et le vestibule de l'École qui donne sur cette cour est appelé par analogie « Aquarium ». Tout autour de la cour se trouvent les bustes de quarante grands hommes français qui se sont illustrés dans des disciplines représentées à l'ENS : hommes de sciences dans la partie nord et hommes de lettres dans la partie sud. ce sont : sur le mur ouest : Jouffroy, Buffon, Lagrange, Cauchy, Poisson ; sur le mur  nord : Fresnel, Ampère, Foucault, Arago, Laplace, Biot, Pouillet, Lavoisier, Berthollet, Gay-Lussac ; sur le mur est : St-Hilaire, Thénard, Beudant, Jussieu, Cuvier, Descartes, Pascal, Corneille, Molière, Racine ; sur le mur sud : Boileau, La Fontaine, Bossuet, Fénelon, Malebranche, La Bruyère , Massillon, Voltaire, Montesquieu, Rousseau ; sur le mur  ouest : Rollin, Lamartine, Chateaubriand, Aug. Thierry et Cousin.

 

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Hors saison

12 Novembre 2013, 09:26am

Publié par Sybille de Bollardiere

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Photo SdeB

Je ne veux pas monter mais elle insiste tellement… « Si, juste un petit moment cela fait si longtemps qu’on ne t’a pas vue… » Alors je ramasse mes chaussures sur le sable et je me lève en ajoutant pour me justifier de mon hésitation, « que je vais venir oui, mais que je n’ai pas trop de temps, qu’il est déjà tard et que l’on m’attend ». Je balaie d’un regard la plage que les dernières vagues de la marée haute achèvent de couvrir. Le calme est revenu, la mer emplit tout, recouvre la digue. La lutte est terminée. Après les gerbes d’eau montant à l’assaut des rochers,  la houle s’écrase mollement sur l’ocre du sable mouillé. A l’ouest, le déclin du soleil assombrit le profil des îles.

Avant d’atteindre la maison, il y a toujours les trois terrasses et l’escalier qui les traverse. Je la revois encore, hâlée, habillée de jaune, montant les marches abruptes avant de s’arrêter, essoufflée et souriante, toujours heureuse d’être là. Chaque terrasse avait son rôle, sa destination ; sur la première nous déposions nos sandales, nos jouets de plage et plus tard les planches à voile. La seconde où personne n’allait, est toujours recouverte de terre et il n’y a jamais poussé qu’un maigre duvet d’herbes folles. Sur la troisième, il y avait un banc autrefois, parfois une table et une chaise et je réinstalle dans l’ombre de son parasol celle qui venait y écrire et que l’on n’appelait pas autrement que « l’historienne ». Toutes sortes de buissons dont les odeurs me reviennent, tapissaient les recoins de ce jardin en étage : troènes, tamaris, laurier tin.

La jeune femme remonte vers la maison en tenant son enfant sur la hanche et je la suis. Je la revois blonde dans sa dixième année, quand je la dessinais sur la plage à l’ombre des tentes rayées où nous passions l’été. « Ne te presse pas » me dit-elle, « profites-en pour tout regarder, je crois que ça n’a pas tellement changé».

Non, à force d’être gardée comme une relique d’un temps dont personne ne se remet, la maison n’a pas tellement changé, pas plus que le jardin où les arbustes à force de grandir, n’offrent plus que des troncs sculptés par les vents. Une pelouse ovale, des allées sablonneuses et face au nord, le pavillon. Je reste figée devant sa porte sans oser y pénétrer mais elle est là derrière moi et de sa voix douce elle insiste : « Si vas-y,  j’imagine que tu y as plein de souvenirs… »

Au rez-de-chaussée,  le plancher, couvert de sable et d’urine - tel que je le revois et non pas tel qu’il est -, les étalages de serviettes de plage humides et salées, les persiennes qui filtraient le vent et le soleil couchant. La peinture des murs est toujours la même, safran et poudreuse avec sa frise d’origine peinte au pochoir. Dans l’escalier étroit et sombre comme la mémoire que j’ai de ces lieux, je remarque les nombreuses pagaies, rames et autres accessoires des voiliers et pirogues qui ont disparu depuis plus de trente ans. Je suis une revenante, une transparente, et même les marches ont cessé de craquer sous mon poids. Nous dormons là, j’ai dix-sept-ans et ils sont encore tous vivants. Il a plu tout l’été et dans le noir les lits sont humides derrière l’étroite fenêtre où se suivent les nuits sans lune.

D’en bas j’entends sa voix « je vais à la maison et je t’attends, tu viens quand tu veux » la pièce est minuscule et le toit gonflé d’eau de pluie s’effondre par endroit. Je sais ce qu’il y a dans cette armoire blanche dont je n’ouvre pas les portes ; des maquettes de bateaux qu’un oncle que je n’ai pas connu, fabriquait ici pour oublier la grande guerre et les femmes de la famille. Au sol, toujours du sable et là sous l’armoire, un galet ovale que je reconnais à ses couleurs, un de ceux que j’ai peint enfant, un jour de pluie. Ici, ce ne sont pas mes souvenirs, mais la mémoire de six générations confondues, mêlées qui se vampirisent autant qu’elles se nourrissent, comme si seuls avaient compté ces passés successifs que l’on se transmet.

Je fuis, avale un thé en inventant des sourires sous un flot de propos rassurants. J’ai inventé un présent ailleurs, un présent d’âmes et de livres, loin de la mer, du sable, du vent et des larmes et pourtant, si je veux continuer à écrire, je le sais, je dois revenir là et retrouver les mots qui manquent à l’avenir. 

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L'amie

28 Octobre 2013, 11:08am

Publié par Sybille de Bollardiere

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©sybilledeB 

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L'ile Maurice vue d'avion en juillet 1971

20 Octobre 2013, 21:40pm

Publié par Sybille de Bollardiere

s de bollardière

Grand Baie

 

Samedi 14 août 1971, Cap Malheureux, Ile Maurice

Ce matin à l’aube, Claude L. est venu me chercher pour un survol de l’île. Par un temps splendide, nous avons longé la côte nord, de Grand Baie à l’Ile aux Cerfs puis après Quartier Militaire et Moka, nous avons obliqué vers Le Morne et le sud-ouest. Lente remontée vers Port Louis, Pointe aux Canoniers, Mon Choisi… Je pouvais voir chaque vague, chaque pirogue sur le lagon. Parfois des bancs de sable blanc émergeaient de l’eau turquoise, totalement vierges. Sans échanger une parole nous avons survolé les montagnes, le Peter Bot, la chaîne de Rivière Noire, jusqu’aux jardins de Riche en Eau avec dans le lointain, Mahébourg et Pointe d’Esny

Journal du voyage à Maurice. Juillet août 1971

Photos sybille de B. 

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Cap Malheureux

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Côte Est

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Mon Choisi

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Gorges de Rivière Noire

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Peter Bot

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Le Morne

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La baie de Port Louis

 

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