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Sybille de Bollardière

chroniques

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Femme de dos, Vilhelm Hammershoï

2 Février 2013, 01:06am

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Publié par Sybille de Bollardière


 

Le journal est là sur la table du salon, ouvert à la page légèrement chiffonnée que je regarde depuis plusieurs jours. Ce n’est qu’une image, la reproduction d’un tableau : Femme dans un intérieur de Vilhelm Hammershoi. Une femme vue de dos dont on devine à peine la joue gauche dans le mouvement  qui la retient en arrière. J’ai scanné la photo et je regarde la femme sur mon écran. Parfois, à force de l’observer, il me semble qu’elle a légèrement bougé, mais peut-être a-t-elle eu froid. Cette pièce me semble glacée, traversée de courants d’air qu’aucune tenture ne repousse. Le sol est nu, un simple parquet sombre que l’on doit laver grossièrement avec du savon noir dont on imagine l’entêtante odeur. Pas de tapis dans le décor, pas de table ni de lampe, ni  aucun objet hormis ce tableau en bois doré accroché au dessus de la porte où l’on devine une silhouette. Il y a bien ce tuyau noir et luisant de suie qui s’enfonce dans le mur, mais on voit bien qu’on n’utilise plus de ce poêle, placé de manière si malcommode derrière la porte !

 Elsie (Oui, ça lui irait bien ce prénom Elsie…) tient la porte d’une main et se penche légèrement en arrière, elle dit :

- C’est toi ?

Elle croit avoir entendu le bruit de la porte d’entrée que l’on referme, mais pas un pas ne répond à son appel. « C’est le vent bien sûr pense t’elle, le vent, toujours le vent » et elle reste là, immobile, dans cette pièce traversée d’absence comme le silence revient. Elle demeure face au vide de l’attente, oubliée, égarée, femme de dos dans sa robe noire, femme figée sous le regard d’un peintre fasciné par les nuques… Mais Pourquoi cette posture ?

Plusieurs toiles d’Hammershoi montrent ces femmes de trois quart dos à la nuque offerte. Qu’est ce que le peintre garde pour lui en nous offrant ces dos ? Quelle part de ces femmes a-t-il ravi dans leur absence de visage ? Il est dit que le regard est chargé de toutes les passions de l’âme et qu’il est l’instrument des ordres intérieurs. Mais c’est aussi l’échange, le don qui révèle autant celui qui regarde, que celui qui est regardé. Curieusement la nuque, qui est en quelque sorte « l’envers du regard » est considéré come le lieu où les désirs et les volontés ne se sont pas encore révélés. Ce serait aussi le point de passage de l’imaginaire au réel.

Sans visage, sans regard, la femme de dos s’efface à elle-même autant qu’aux autres, le peintre n’en a capté qu’une empreinte, mais de quelle force … Le tableau est aussi un aveu d’amour et d’impuissance face à l’indicible, face à ce qui lui échappe et i nourrit son imaginaire : une femme dans un temps et un espace qui n’appartiennent qu’à elle.

S de B publié en octobre 2008

  Autres toiles de Vilhelm Hammershoï  :

 

Le Peintre Danois Vilhem Hammershoi (1864-1916)
face à l'unique sujet de son oeuvre : le temps suspendu figeant êtres et choses dans ses étranges vues d'intérieur, ses paysages et ses vues urbaines de Copenhague et de Londres.

 Vilhelm_Hammershoï

Album et autres tableaux

 

 


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Le mauvais livre

20 Janvier 2013, 09:06am

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Publié par Sybille de Bollardiere

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Ce n’est pas un roman, c’est un coup de cœur superficiel pour le titre, l’auteur et puis j’avais aimé le précédent pour l’écriture, sa légèreté érudite qui me donnait l’impression « d’en être », l’envie de lire mais d’écrire aussi. Dans la librairie bondée de Montparnasse (Payot), j’ai parcouru la quatrième de couverture rapidement, trop rapidement. Déjà je ne le lisais plus, j’achetais l’auteur et puis il fallait vite règler l'affaire en raison du monde et du mars que j’avais déjà dans la main et qui n’attendrait pas lui.

Dans le train, j’ai commencé à lire une page au hasard entre Versailles et Rambouillet et je me suis dit que j’étais tombée au mauvais endroit. Ce devait être un livre à lire à tête reposée comme tout ce qui est intelligent. Je l’ai ouvert hier soir après une journée d’écriture et de neige ;  une page puis péniblement une dizaine et là, je me suis dit qu’il fallait que je fasse un effort que j’aille au moins jusqu’à trente, mais quel purge !  C’est pédant, érudit et superficiel pour ne pas dire un peu bâclé. C’est insupportable et je me sens stupide.

Je me reproche toujours un mauvais livre, c’est comme une gueule de bois. Cet auteur va me manquer et il faudra le remplacer… Oui c’est sans espoir, je ne me le pardonnerai pas.

Bien sûr, ni titre, ni nom. Je n’ai jamais été critique littéraire et je ne le serai jamais. J’aime trop les livres et leurs auteurs pour trahir même ceux qui m’ont déçue.

Photo S de B 20 janvier 2013

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A défaut d'écriture...

11 Janvier 2013, 10:15am

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Publié par Sybille de Bollardiere

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C’est une journée d’écriture et de doute, un matin gris sous un ciel immobile où l’on tente d’aligner des mots, de remonter le fil de ce qui pourrait être l’histoire, le récit, le commencement et pour cela il faut le temps, le rythme et surtout ne pas perdre de vue ces images avec lesquelles on vit depuis de longs mois déjà. Oui le roman comme un train poussif, traverse les paysages, les contourne parfois et se perd en route dans les aspérités de la langue, le téléphone, les miaulements du chat et la tentation du net.

Trop près du début pour ne pas redouter de tout perdre à chaque virage, à chaque hésitation, je m’accroche et je peine sur une phrase lourde que je frappe sur l’enclume. Tout est pesant alors que j’aurais aimé m’envoler dans un récit tourbillonnant, sourcier plus que forgeron.  Dix heures sonnent déjà et je suis toujours là, à la porte de ce livre. C’est pour cette raison que je finis par aller marcher, à défaut d’écriture je quitte les gémissements de ma forge pour le vert des paysages.

Ici c’est le règne des pluies, bassin versant nord, l’eau  inonde l’ouest, la côte et me sature de larmes jusqu’à ces portes vertes qui cachent des jardins repris par la forêt, des villages oubliés, des murs où s’étale l’insolente écriture du lichen*…

Mousse et lichen sont des végétaux épiphytes (qui poussent sur d'autres plantes).Les lichens sont le fruit d'une symbiose entre un champignon et une algue. Fort résistants, ils ont la capacité de résister à de très fortes dessiccations et peuvent également survivre à des variations de température importantes (de -70 à +70 °C !).

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Ecrire

29 Décembre 2012, 21:52pm

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Publié par Sybille de Bollardiere

 

 Ouvertures 1900 

J’écris, enfin je crois, depuis toujours et pourtant je n’y arrive pas.

J’ai baptisé mon journal « la voie d’accès » mais je sais bien qu’il n’arrive nulle part. Un journal ne se publie pas, ça ne se fait pas. C’est une voie à sens unique dans laquelle l’auteur se délivre avant d’écrire autre chose. Un journal, c’est tabou et insignifiant comme une journée, misérable et grotesque comme la peur, le doute, les faux espoirs et la fatuité aussi.

Au fond l’écriture c’est avant tout une histoire de territoire, un lieu que l’on habite et que l’on défend - sa langue – dans le désordre parfois. Ecrire, c’est violent, doux, familier, étrange, terrifiant éprouvant, passionnel, raisonné et courageux. C’est la vie, mais celle d’à côté et bientôt il ne vous reste plus que ça, cet instant décalé où l’on écrit déjà dans sa tête avec sa sueur d’encre au front.

L’écriture c’est un territoire que l’on surveille et que l’on délimite tout en repoussant sans arrêt ses frontières. C’est le vide, l’attente, le guet, la veille, mais aussi l’épuisement, le relâchement, les mots qui se perdent. La trahison des nuits se mesure au jour dans l’éclat de l’impitoyable lumière. Et ce double qui vous fuit, se rapproche, vous séduit, vous emporte et vous abandonne sans cesse.

Ecrire, c’est nommer, l’innommable parfois. C’est s’avancer à tâtons jusqu’au bord du gouffre, se pencher, vertigineuse, vers cette fosse commune avec la tentation d’en parler et pour finir : la tentative désespérée d’écrire autre chose. « Non, je ne peux pas, mais plus tard, un jour, il faudra bien ». Parfois on se dit qu’il faut écrire un chef-d’œuvre et alors le reste ce ne sera plus la peine, il y le journal pour ça. 

  Comment se délivrer de soi sans encombrer l’autre ? On essaie de transformer la matière de l’écrit jusque dans la moindre de ses particules, on cherche du liant, le balancement des phrases et ses mots conquis en poésie, toujours fidèles au poste. On fait de l’authentique avec la part reniée de soi-même, comme un faussaire qui n’aurait pas le choix… Parce que la fosse est toujours là avec le hurlement des chiens et les yeux jaunes de ceux à qui on n’a rien dit et qui pourtant la devine.

Oui, écrire c’est parfois renoncer à écrire et accepter de pleurer, muette sur ce que l’on ne sait pas transformer. Assis devant l’écran de ses jours gris, le corps s’efface et songe à cet autre dont il avait rêvé. Ecrire à deux voix, je ne demandais que ça, petite, quand j’inventais l’histoire et qu’on me tenait le stylo. La pensée naît du corps, l’écrit est dans son sillage comme une barque sur la mer. Je crois que j’écris comme on prend la mer, pour tout quitter et tout retrouver.

Parfois je crois que je pourrais vivre sans écrire mais cela ne dure jamais bien longtemps. Les chiens sortent de la fosse et puis, il faut tout recommencer… Et les débuts sont si difficiles, on l’oublie parfois. On recommence à écrire…  A regarder « en mots » tout ce qui nous entoure, ça calme et ça éloigne, on devient gentil et solitaire, fréquentable et malheureux. L’écrit c’est un écran entre les autres et soi qui ne cède pour ainsi dire jamais, parfois, on le souhaiterait, par exemple en amour.

J’écris contre la nuit, contre la mort, l’absence et la peur. J’écris pour durer et réparer et tous ceux qui écrivent sont de ma famille, c’est une évidence depuis l’enfance.

Il faut le dire aussi, écrire c’est un bonheur unique, la jubilation même, lorsque l’on s’approche de la justesse sans pour autant quitter la brièveté. Ce que l’on arrive à dire doit tenir entre deux points – Ce pourquoi j’aime les phrases longues…

Bonheur aussi avec la sensation d’être l’élue qui accueille chaque instant deux fois. Femme éponge qui se réjouit avec la vie, chaque manifestation de la vie : ce matin quelques grains de sable poussés par le vent et hier le souvenir du bruissement des peupliers qui inonde une vallée. L’écriture c’est parfois l’immobilité, l’instant pétrifié, saisi, quand on va au fond de soi. Alors on se ravise et on se dit « qu’une autre fois, plus tard » et on va dehors… Regarder ceux qui marchent, rient et se prennent la main, on se met à les décrire, à se les approprier en imaginant non seulement leurs vies, mais leur corps, leur intimité et leur histoire.

C’est comme cela, qu’un jour il vous arrive d’être publiée.              

Publier, c’est cette ouverture vers la lumière, la porte invisible qui délimite un seuil que l’on met pourtant beaucoup de temps à franchir. Publier c’est blanc, propre comme le papier. C’est fixer, délimiter, certifier, corriger et comptabiliser ses mots, son travail. C’est aussi couper, signer et porter son masque, tout en posant son crayon, l’ardeur des nuits et des jours. Il faut se détendre, retrouver son corps, son genre aussi. Quand j’écris, je suis du genre féminin pluriel, j’ai le « nous » facile. Publier c’est revenir au féminin singulier quand on est jeune, au singulier tout court quand on est plus âgée.

Etrange à vrai dire, enthousiasmant parfois. On se dit qu’on en a fini avec la fosse commune, les cris des chiens et cet autre risque qui guette parfois les muses d’écrivain : finir en note de bas de page dans La Pléiade…

Publier, c’est remercier, dédicacer, empaqueter, écouter oui, écouter l’autre enfin. Cet autre qui s’approche un peu gauche et à qui l’on voudrait dire à voix basse :

-  Viens c’est pour toi ce livre ! Lis tout, jusqu’au bout ! Tu aimes ? Non ne me remercie pas, je vais recommencer.

On se relit, stupéfait. Le livre que l’on ne voulait pas écrire finit toujours par vous rattraper. Ca vient de biais par un personnage anodin qui dit des choses que l’on connaît très bien car l’écriture c’est aussi un combat souterrain.

Un matin on se dit que publier, c’est le désert des Tartares, on est devenu le héros inutile de son livre alors, vite il faut s’enfuir et retrouver la douceur du silence. Dans la solitude de l’écriture il y a la douceur d’être à soi dans le cocon de ses mots, l’enveloppement de sa syntaxe. Bientôt à nouveau il n’y a plus rien d’autre.

L’écriture ça me protège et m’édifie.

A Richard L.

      Déjà publié le 31 août 2009

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