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Sybille de Bollardière

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Hors saison

12 Novembre 2013, 09:26am

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Publié par Sybille de Bollardiere

Bretagne-maritime-0035.jpg

Photo SdeB

Je ne veux pas monter mais elle insiste tellement… « Si, juste un petit moment cela fait si longtemps qu’on ne t’a pas vue… » Alors je ramasse mes chaussures sur le sable et je me lève en ajoutant pour me justifier de mon hésitation, « que je vais venir oui, mais que je n’ai pas trop de temps, qu’il est déjà tard et que l’on m’attend ». Je balaie d’un regard la plage que les dernières vagues de la marée haute achèvent de couvrir. Le calme est revenu, la mer emplit tout, recouvre la digue. La lutte est terminée. Après les gerbes d’eau montant à l’assaut des rochers,  la houle s’écrase mollement sur l’ocre du sable mouillé. A l’ouest, le déclin du soleil assombrit le profil des îles.

Avant d’atteindre la maison, il y a toujours les trois terrasses et l’escalier qui les traverse. Je la revois encore, hâlée, habillée de jaune, montant les marches abruptes avant de s’arrêter, essoufflée et souriante, toujours heureuse d’être là. Chaque terrasse avait son rôle, sa destination ; sur la première nous déposions nos sandales, nos jouets de plage et plus tard les planches à voile. La seconde où personne n’allait, est toujours recouverte de terre et il n’y a jamais poussé qu’un maigre duvet d’herbes folles. Sur la troisième, il y avait un banc autrefois, parfois une table et une chaise et je réinstalle dans l’ombre de son parasol celle qui venait y écrire et que l’on n’appelait pas autrement que « l’historienne ». Toutes sortes de buissons dont les odeurs me reviennent, tapissaient les recoins de ce jardin en étage : troènes, tamaris, laurier tin.

La jeune femme remonte vers la maison en tenant son enfant sur la hanche et je la suis. Je la revois blonde dans sa dixième année, quand je la dessinais sur la plage à l’ombre des tentes rayées où nous passions l’été. « Ne te presse pas » me dit-elle, « profites-en pour tout regarder, je crois que ça n’a pas tellement changé».

Non, à force d’être gardée comme une relique d’un temps dont personne ne se remet, la maison n’a pas tellement changé, pas plus que le jardin où les arbustes à force de grandir, n’offrent plus que des troncs sculptés par les vents. Une pelouse ovale, des allées sablonneuses et face au nord, le pavillon. Je reste figée devant sa porte sans oser y pénétrer mais elle est là derrière moi et de sa voix douce elle insiste : « Si vas-y,  j’imagine que tu y as plein de souvenirs… »

Au rez-de-chaussée,  le plancher, couvert de sable et d’urine - tel que je le revois et non pas tel qu’il est -, les étalages de serviettes de plage humides et salées, les persiennes qui filtraient le vent et le soleil couchant. La peinture des murs est toujours la même, safran et poudreuse avec sa frise d’origine peinte au pochoir. Dans l’escalier étroit et sombre comme la mémoire que j’ai de ces lieux, je remarque les nombreuses pagaies, rames et autres accessoires des voiliers et pirogues qui ont disparu depuis plus de trente ans. Je suis une revenante, une transparente, et même les marches ont cessé de craquer sous mon poids. Nous dormons là, j’ai dix-sept-ans et ils sont encore tous vivants. Il a plu tout l’été et dans le noir les lits sont humides derrière l’étroite fenêtre où se suivent les nuits sans lune.

D’en bas j’entends sa voix « je vais à la maison et je t’attends, tu viens quand tu veux » la pièce est minuscule et le toit gonflé d’eau de pluie s’effondre par endroit. Je sais ce qu’il y a dans cette armoire blanche dont je n’ouvre pas les portes ; des maquettes de bateaux qu’un oncle que je n’ai pas connu, fabriquait ici pour oublier la grande guerre et les femmes de la famille. Au sol, toujours du sable et là sous l’armoire, un galet ovale que je reconnais à ses couleurs, un de ceux que j’ai peint enfant, un jour de pluie. Ici, ce ne sont pas mes souvenirs, mais la mémoire de six générations confondues, mêlées qui se vampirisent autant qu’elles se nourrissent, comme si seuls avaient compté ces passés successifs que l’on se transmet.

Je fuis, avale un thé en inventant des sourires sous un flot de propos rassurants. J’ai inventé un présent ailleurs, un présent d’âmes et de livres, loin de la mer, du sable, du vent et des larmes et pourtant, si je veux continuer à écrire, je le sais, je dois revenir là et retrouver les mots qui manquent à l’avenir. 

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L'ile Maurice vue d'avion en juillet 1971

20 Octobre 2013, 21:40pm

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Publié par Sybille de Bollardiere

s de bollardière

Grand Baie

 

Samedi 14 août 1971, Cap Malheureux, Ile Maurice

Ce matin à l’aube, Claude L. est venu me chercher pour un survol de l’île. Par un temps splendide, nous avons longé la côte nord, de Grand Baie à l’Ile aux Cerfs puis après Quartier Militaire et Moka, nous avons obliqué vers Le Morne et le sud-ouest. Lente remontée vers Port Louis, Pointe aux Canoniers, Mon Choisi… Je pouvais voir chaque vague, chaque pirogue sur le lagon. Parfois des bancs de sable blanc émergeaient de l’eau turquoise, totalement vierges. Sans échanger une parole nous avons survolé les montagnes, le Peter Bot, la chaîne de Rivière Noire, jusqu’aux jardins de Riche en Eau avec dans le lointain, Mahébourg et Pointe d’Esny …

Journal du voyage à Maurice. Juillet août 1971

Photos sybille de B. 

s de bollardière - Copie (5)

Cap Malheureux

s de bollardière - Copie (4)

Côte Est

s de bollardière - Copie (3)

Mon Choisi

s de bollardière - Copie (2)

s de bollardière - Copie

s de bollardière 0001 - Copie (4)

Gorges de Rivière Noire

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Peter Bot

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Le Morne

s de bollardière 0001

La baie de Port Louis

 

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L'ouest et L'intranquille de la rentrée

30 Septembre 2013, 18:44pm

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Publié par Sybille de Bollardiere

Lundi 30 septembre 2013

C’est demain que je pars, seulement demain mais je ne suis déjà plus là. Une lumière jaune s’est levée sur le soir gris, une lumière inutile avant la nuit qui vient, s’avance déjà dans les ombres qui s’installent, glissent des lisières vers la vallée. Demain l’ouest, Le pays où il ne fait beau que le soir, le festival du cinéma Britannique et quelques films que je ne veux pas rater : Summer in February de Christopher Menaul, Shell de Scott Graham, For those in peril de Paul Wright.

J’emporte le livre de l’intranquillité de Pessoa et un autre intranquille de la rentrée que je tiens particulièrement à relire (oui, j’ai eu l’honneur d’une version provisoire et j’ai hâte de retrouver la prose de Pierre Mérot dans Toute la noirceur du Monde que je viens d’acheter. Lire du Mérot en ce moment ça fait du bien, c’est un peu comme rouler en décapotable dans un défilé pour ou contre le travail du dimanche.

« Ensuite, je suis entré dans la chambre. Elle dormait, masse informe sur un lit à roulettes. Au-dessus, il y avait un crucifix et un néon. Le néon, détraqué, clignotait. J'ai pensé à Bamby. Ça sentait la soupe. « Maman... » ai-je murmuré. Je n'avais pas prononcé - prononcé sincèrement -, ce mot depuis des années, croyez-le. Par la fenêtre, on apercevait un bout de jardin. La météo prévoyait un orage. La lumière, donc, était légèrement cuivrée. Sur une commode en merisier – enfin, j'imagine que c'était du merisier -, il y avait ses objets proprement alignés dont, évidemment, des portraits : mon père, ma sœur, moi – moi, ma sœur, vers l'âge de cinq ou sept ans, souriant sur des petits rochers. Comment toute une vie peut-elle tenir dans une chambre de douze mètres carrés ? ai-je songé. »

Pierre Mérot

Toute la noirceur du Monde

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ça va de soi

28 Septembre 2013, 09:28am

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Publié par Sybille de Bollardiere

Bonpapa Houlgate1922

 

Comme les nuages épars qui se rassemblent avant l’orage, des phrases entières me reviennent, des lambeaux d’écriture extraits de livres ou de colloques dont le sujet n’est rien d’autre que l’écriture elle-même.

Et s’il n’y avait que ça quand la fiction cent fois heurtée aux relents de la vie se défait, quand elle vous prend les nuits pour rejoindre vos âmes d’ombre, pour débusquer vos silences et ne plus vous laisser en paix. J’écris que je n’écris pas, je prose dans ma tête d’une encre indélébile l’histoire où je veux vivre, celle où je ne cesse de retourner, d’en repartir parce que comme beaucoup de ces galériens du stylo, je n’en finis pas de trahir, de naître ou d’essayer…

 

« Retrouver par l’écriture ce que l’on a accepté de perdre partout ailleurs... »

Mathieu Riboulet

 

les yeux d’Emma Bovary :

« Renoncer à la catégorisation policière, laisser apparaître la sensibilité atmosphérique du personnage... » « Cultiver le hors sujet (Proust) pour une esthétique de l’existence plutôt qu’une catégorisation... »

Anne Garetta

 

De L’identité revendiquée à travers l’écriture, et ce que l’on mange :

« Je viens des tribus où l’on mange de la viande crue… » « Même sans langage, toute l’histoire familiale fait écho en soi… On baigne dans une mémoire pas encore écrite… L’écriture pour sortir du chaos, pour se rattacher à la mémoire familiale.»

Abdellah Taïa

 

« L’écriture ou Passer à l’acte, expression qui renvoie au criminel, au psychiatrique au sexuel, l’écriture c’est les trois à la fois. »

Marie-Hélène Lafon

 

Des femmes et de leur violence :

« On peut être violente et dominée, dominante et violée... »

Arlette Farge

 

« Le geste généreux d’écrire... » « L’emboitement des hontes... » (juif, gay, fils d’ouvrier)

Didier Eribon

 

Pêle mêle :

Il n’y a pas de nostalgie, c’est fini, plié, la chance d’exister n’a pas eu lieu. L’unité fictive s’adosse à un nom propre… La distance des transfuges sociaux… On ne peut pas parler à leur place même si on en est… (Pierre Jourde) La distance vitale pour le « je » que l’écriture participe à construire… Illusion biographique… Mon pays c'est le chagrin un point c'est tout.

 

Du style :

« Le style, cette commodité à se camper et à camper le monde, serait l'homme ? Cette suspecte acquisition dont, à l'écrivain qui se réjouit, on fait compliment ? Son prétendu don va coller à lui, le sclérosant sourdement. Style : signe (mauvais) de la distance inchangée (mais qui eût pu, eût dû changer), la distance où à tort il demeure et se maintient vis-à-vis de son être et des choses et des personnes. Bloqué ! Il s'était précipité dans son style (ou l'avait cherché laborieusement). Pour une vie d'emprunt, il a lâché sa totalité, sa possibilité de changement, de mutation. Pas de quoi être fier. Style qui deviendra manque de courage, manque d'ouverture, de réouverture : en somme une infirmité. Tâche d'en sortir. Va suffisamment loin en toi pour que ton style ne puisse plus suivre.  

Henri Michaux-Poteaux d’angle


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