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Sybille de Bollardière

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Zone d'ombre

3 Décembre 2012, 15:38pm

Publié par Sybille de Bollardiere

 

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A quelques jours d’intervalle, entre une nuit de poésie quai de Seine et les brises de l’ouest, je les ai raccompagnés, nonchalants inquiets, rêveurs lucides, la cigarette aux lèvres, bruns debout dans la brume de décembre. Ils m’ont laissé en partage quelques rêves et des verres sur le coin d’une table, leurs mots jetés en travers des jours, des noms, des sourires et l’envie d’un monde différent, beaucoup plus simple que celui que l’on prétend. Le mariage pour tous, un monde d’égalité tout simplement. Et, plus par pudeur que par indifférence, je les suis à voix-basse, fustigeant à demi-mots ceux que la liberté dérange.

Que puis-je faire d’autre moi la mère, la sœur, la nièce, l’amie d’homosexuels ? C’est une fin d’année qui sent le souffre dans une atmosphère de fin de règne et l’exclusion. Pourquoi tant de rage pour défendre les territoires du passé, les visions étroites et les causes perdues ? Bientôt on s’aimera en France comme on s’aime déjà en Hollande, en Norvège, en Belgique, en Espagne et même au Portugal et l’amour quel qu’il soit, ne peut être la fin du monde.  

Je ne dors pas. Il est deux heures, quatre heures et la lumière clignote dans la nuit, c’est le phare de facebook, la lueur verte d’un « ami » qui se lève pour écrire et poste avant d’aller dormir. C’est là que je guette l’air du temps, Julien l’étudiant-écrivain ou Eric le vieux, qui ne croit plus à rien ou encore Jenny qui a attendu en vain et s’en va finir la nuit, à deux mains sur son blackberry. Maria qui n’aime plus que les chats est revenue seule de Glasgow et Sorian remercie ceux qui étaient à sa signature hier soir. On s’est connues dans son ancienne vie mais c’est décidé, elle l’annonce, Anne repart pour l’ouest afin que dure cet amour qui n’aurait jamais du commencer. Piotr n’aime plus que les livres mais il n’écrira pas ce soir, trop de bière et d’ennuis et puis il a cours demain. Ici les chouettes tournoient dans la nuit.

Cinq heures, la lumière verte encore. Marianne déclare qu’elle ne supporte ni la médiocrité, ni les faux semblants, ni le mensonge et qu’elle entend bien le faire savoir. C’est ce qu’elle fait sur facebook, on entend que ça, cette clameur qui monte et tourbillonne en vert dans la nuit noire. Et voila c’est lundi, facebook étire sa gueule de bois au fil des statuts. « J’ai dit ça, mais c’est pas comme si je l’avais dit » « J’aime » « Bravo, tu as raison » « je t’aime ». Mes amis, à tort ou à raison, mes followers, moi aussi je vous aime et maintenant c’est lundi et j’ai repris goût à mon exil. Je dépose vos ex-voto au coin du cœur et des yeux, je me relis, je me rature et je m’expose en toute impunité. Ça se fera.

 « Confiteor Deo omnipotenti » ouvrez les yeux de ceux qui croient voir, les oreilles de ceux qui pensent avoir entendu car ils sont peu nombreux ceux qui ont compris de quoi il s’agit.


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Que reste-t-il de l'amour ?

21 Novembre 2012, 16:47pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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"Silence" S. de B. 2005

Qu’est-ce que l’amour « après » ? En rentrant de Paris sur la ligne de train Montparnasse-Granville, je note des idées, des mots sur ces trois jours du Forum Philo du journal Le Monde, «L’Amour au Mans» - comme l’a nommé Olivier Steiner avec qui j’y suis allée - officiellement « l’Amour toujours ». Trois jours de conférences au cours desquelles nous avons écouté, noté, somnolé parfois, avant de chercher le soir notre chemin sur les départementales de l’ouest.

Le souvenir de ce que nous avons entendu et partagé, s’est édifié au fil des routes de l’Orne et de la Sarthe dans le brouillard de la nuit de novembre, comme s’il nous avait fallu ce sas d’oubli de soi et de perte de nos repères pour entendre autre chose que nos certitudes. Je suis revenue à la brume, à ma vallée et je me questionne : Que reste-t-il de « L’amour au Mans » sinon la superposition de nos échanges sur le sujet, de mes notes et de toutes les questions restées en suspens. L’amour ? De quel amour parle-t-on ? L’amour homosexuel ? A quelle place ?  Fallait-il aborder l’amour maternel et éviter d'autres amours qui dérangent, les amours interdites, le rapport de la loi et de l’amour ?

Je me demande aussi ce que l'on retient d’un forum, quand on range ses notes que l’on ne relira pas forcément. Que reste t-il de l’amour « après », sur nous, dans nos livres, dans la vie… Les notes, comme l’objet d’amour, qui n’est pas l’autre qui s’est absenté ou qui nous a quitté, mais ce qu’il laisse en dépôt, en souvenir ou par inadvertance. Un bijou, un pull oublié, une tasse dans l’évier. Mais aussi ce que nous avons pris de lui à son insu et rattaché à sa présence : le décor, l’amour de la terre qui a porté les instants communs, la couleur ou le parfum d’une saison, une chanson, tout ce que nous utilisons pour prolonger le temps de l’amour.

En dépit de ce que disait Pascal Bruckner durant le forum, citant la Princesse de Clèves, « Si l’amour ne peut défier le temps alors il est impossible ». Le plus souvent dans nos vies on ne garde que les preuves d’un amour et rarement l’amour lui-même. Qu’importe, chaque amour est inédit et blanchit la mémoire sans pour autant l’effacer. Je retrouve ces mots de Fabrice Hadjaj « L’amour invente un commencement même si c’est parmi les ruines » « L’amour se déploie dans une histoire...» Une circonstance, un temps, un espace, une géographie, que l’on revisitera en photo, en rêve ou tout simplement pour le plaisir de la raconter. Mais si, comme l’a dit Corinne Pelluchon « On ne peut définir la qualité d’un amour par sa durée », plus tard, qu’est ce qui fait qu’on se souvient ou pas d’un amour ?

« L’orgasme me (nous) dissout dans une volupté aveugle » disait Fabrice Hadjaj. Certes, mais dissous ou pas, on en reprendrait bien encore. On ne bâtit rien sur le sable des passions, mais que c’est bon. La volupté revisitée est un abîme de regrets qui ne peut qu’engendrer l’envie d’aimer à nouveau, « l’espérance infinie d’aimer » dont parlait avec émotion et grâce ce jour là Camille Laurens, qui avoue aussi avoir deux passions : L’amour et la littérature. Mais on court un risque en aimant l’amour. Il ne peut être son propre objet sans faire cruellement défaut. L’amour manque à sa parole, se joue de nous et l’effraction amoureuse nous laisse sans voix…

Ce n’était pas le cas de Christine Angot samedi dernier, d’être sans voix elle ne connait pas. Après dix minutes passées à se faire régler le micro spécialement pour elle, elle a pris la parole. Effets de prétoire tout comme son dernier livre me rappelle les minutes d’un procès. Où est l’amour ? Ses expressions, son visage, son jeu, son JE, ses haussements de ton martèlent les mots, son récit et disent un amour qui n’a jamais pour objet qu’elle-même.

Et que devient l’autre perdu en amour, cet autre dissous dans un idéal amoureux que le siècle peaufine à notre intention. L’autre que l’on évalue comme un possible objet de jouissance, un choix dont on examine chaque option… L’amour connecté, catégorisé, instrumentalisé, « pornographié » et finalement oublié. Eros ou Agapé il n’est même plus question de cela. « Le désir, maître absolu depuis les années 80 » comme l’a dit Alain Finkielkraut, a engendré « la muflerie de l’amour » et « Les engagements n’engagent plus ». C’est vrai que souvent, je t’aime signifie : j’ai envie de te baiser et parfois on précise comment. L’amour est une sous-culture du sentiment à la mesure des sites de rencontres pour : célibataires, mariés, séniors, catholiques, gays, lesbiennes, musulmans, militaires, cougar, SM, etc.… La difficulté des catégories c’est de se croiser. Certaines sont difficiles à concilier et on se demande comment font les seniors-catholiques-SM ou les lesbiennes-musulmanes-cougar… Pour s’appareiller avec garanties d’usage parce qu’au fond, il n’est question que de cela. L’amour le vrai, est libre, sans genre et sans frontières, ce sont ceux qui le font qui définissent les limites.

In fine, je me demande si l’amour n’est pas ce que l’autre fait de nous au fil des jours, au fil d’une rencontre. Ce qu'il a fait de notre préférence, notre révélation, notre transformation. Ce qu’il reste, de lui, d’elle, de nous, de ce qui a été vécu et que nous cultivons « en mémoire de », même sans y songer, parce que faisant partie de nous. En pensant à cela je peux dire simplement que j’écris par amour.

 

A propos du Forum « L’amour toujours »

Le Monde des livres

http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/09/le-24e-forum-philo-le-monde-le-mans-pratique_1787826_3260.html

L’amour, une aventure obstinée Alain Badiou, Le Monde

http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/09/l-amour-une-aventure-obstinee_1787817_3260.html

Faire la vérité dans l’amour , Fabrice Hadjaj, Le Monde

http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/11/09/fabrice-hadjadj-faire-la-verite-dans-l-amour_1787819_3260.html

Votre roman d’amour préféré à L’université du Mans

http://scd.univ-lemans.fr/fr/animations_culturelles/expositions/test.html

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Genèse d'un roman

12 Novembre 2012, 15:55pm

Publié par Sybille de Bollardiere

L'alphabet de l'amour 1780

Document manuscrit 1750

"L’amour est une scène de crime comme une autre, il ne faut négliger aucune pièce, relever tous les indices et le moindre détail de la chambre au jardin, passer au peigne fin le salon, la voiture, la cuisine et cette table desservie où tout a réellement commencé. Parfois il faudrait remonter plus loin encore, dans les mois ou l’année qui précèdent et jusqu’à l’enfance où l’on apprend à aimer comme à souffrir en contemplant les yeux hagards, la figure nue du désir et de l’interdit"...

 Toutes nos actions pèsent sur nos épaules, nos mots, nos regards et ce que nous écrivons. Ecrire, c’est vivre en plus grave, en plus sérieux et j’aimerais remédier à ça. Donner du bonheur et de la légèreté à l’écriture, de la folie aussi, du désastre, de la couleur, de la distance, en un mot voyager, se déporter hors de soi.  Auparavant, il faut se défaire du JE, « passer la plume » parce que de toute façon, si écrire c’est revivre sa vie, c’est la revivre différemment. Quand ce que l’on voulait oublier revient, c’est à la fois salvateur et violent, tout comme l’envers du décor que l’on n’a pas vu et, ce qui s’est déroulé à notre insu. Ce mensonge par omission qui participe à notre histoire on finit un jour par l'offrir sur un plateau à un narrateur ou une narratrice pour qu’il explore et dissèque jusqu’à l’os cette momie du temps écoulé et transforme le récit en roman.

JE est ailleurs et ma narratrice s'appellera Irène...


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L’automne, les « maîtres du monde » et les jours d’après

9 Novembre 2012, 18:13pm

Publié par Sybille de Bollardiere

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Dessin : La Défense... Pierre-Elie Ferran, novembre 2005

« L’ivresse et la littérature ont toujours été le refuge des invalides » peut-on lire dans le dernier Nouvel Obs… La nature aussi parfois, surtout celle des campagnes reculées où l’on peut observer la vie, la sienne, celle des autres, le monde et son évolution de loin comme un paysage où la variation des saisons offre de nouvelles perspectives qui aiguisent le regard :  Il n’y avait pas ça là, avant… Ce détail, cette ombre… Et puis cette eau qui monte plus haut chaque année…  Le refuge, en altitude, alcoolique ou bucolique, que l’on écrive ou pas, c’est aussi l’endroit où l’on ouvre des livres déjà lus pour y faire jaillir des mondes nouveaux, des métaphores pour éclairer la nuit de novembre. Il faut du temps pour cela, du temps pour épier la vibration du silence, son froissement  seulement interrompu par celui de la page tournée.

Novembre c’est le temps retourné, labouré, qui prend l’air sous les vols de corbeaux, c’est aussi le cœur de l’automne, ce luxe de zone tempérée dont il faut savourer chaque instant. C’est une saison en demi-teinte, une douceur tout en couleur sur les lisières qui s’offrent aux derniers soleils. Le matin souvent, la buée s’installe au carreau et filtre le paysage qui se noie dans la brume. On en a fini avec cette interminable rentrée, ses prétentions et ses désastres. New-York panse ses plaies dans le blizzard et fait mine d’oublier que ça recommencera… Soulagement, Barack Obama a été réélu. Moi aussi j’aurais aimé l’embrasser comme si le calme et l’espoir était revenu, même en France, à Paris où l’Elysée est moins que jamais un paradis. « Au risque de décevoir » deviendra peut-être sa devise, mais IL prendra son temps, ce qui est rassurant finalement.

Réinventer la croissance ne l’est pas vraiment, quant à la souveraineté nationale, à moins d’un raz de marée sur Bruxelles et d’un tremblement de terre à Berlin, on ne voit pas bien comment on la retrouverait. Qu’importe à la Chine qui aborde novembre avec de grands projets. Après avoir customisé le communisme façon capitaliste à l’abri du protectionnisme, elle se lance dans l’édification de la cité financière du futur, une ville aussi démente que funeste, aux antipodes des campagnes chinoises où la terre jaune et les villages sont aussi pauvres qu’avant. Le monde choisit ses grands hommes comme si la misère était moins scandaleuse quand le PIB d’un peuple grimpe...

La croissance toujours et bientôt la Chine même avec Xi Jinping, cessera elle aussi, d’être souveraine. Dans les campagnes l’hiver arrivera plus tôt, plus froid, l’été aussi, plus extrême, plus sec et puis on parlera du climat, de ses conséquences comme si on avait oublié que depuis des millénaires, c’est lui le seul maître du monde… 

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