19 septembre 2010, quelques clichés pris avec mon appareil photo depuis mon transat. Je profite du dimanche avant de retrouver la région parisienne. Il fait aussi beau qu'en septembre 2018 mais les couleurs sont plus fraîches, plus nettes, les fleurs de sédum n'ont pas cette teinte rousse qu'elles ont aujourd'hui et puis, quelque chose manque, une couleur, le bleu de ce papillon que je guette sans succès depuis plusieurs semaines... 2018 est une année sans papillon...
Ce matin 7H30, à quelques pas de la maison de ma mère que nous sommes en train de vider, le paradis... On en oublie les tris, les cartons et les allers-retours à la décheterie. Silence et lumière pour notre rendez-vous matinal avec la marée.
Plaisir de lire. Parfois je sais qu'un livre va me manquer alors j'aime les auteurs qui ont la délicatesse avant de terminer leur opus, de nous donner quelques pistes pour le suivant. A une époque, j'ai découvert la littérature en file indienne, chaque livre me conduisait à un autre. Une histoire d'amour se poursuivait de page en page, au fil des saisons, au point que je pouvais vraiment craindre un jour sans livre plus encore encore qu'un jour sans peine.
Pourtant, il est des soirs sans lecture, pétris de silence, désertés comme cette scène débarrassée des visages anciens où lentement, se faufilent les personnages à venir.
Ici où même ailleurs, je ne dis jamais ce que je pense vraiment, ce que je suis ou ce que j'ai été : vieille, pauvre, seule, au chômage, de droite ou de gauche mais fondamentalement extrémiste, jusqu’au-boutiste, autoritaire, antidémocratique et j'en passe. Tout est de passage, même mes certitudes alors j'ai souvent avoué ma "poulpitude". Passer par l'état octopode m'a permis de glisser entre les lignes ennemies vers la fiction qui me semble être le seul espace de liberté.
Écrivant cela, je pense à ma place dans mon dernier roman*. "Voyeur omniscient", je guette, et j'écris, un peu comme une mère observant de loin, mais pas sans inquiétude, les jeux de ses enfants. Les vies imaginaires m'accompagnent et se mêlent à celle bien réelle, que je traverse parfois en funambule. Mémoires mythomanes ou écriture onirique ? De quel genre est cette fiction qui vous colle à la peau depuis l'enfance ? Leurs noms me hantent, d'un livre à l'autre, ils m'accompagnent.
"Chaque écrivain a dans la tête un théâtre avec sa troupe. Shakespeare a cinquante personnages, j'en ai dix, Tennessee (Williams) cinq, Hemingway un, Beckett s'emploie à n'en avoir aucun."